Textile et chaussures en France la consommation continue de progresser malgré un ralentissement
La France continue d’acheter davantage de textiles et de chaussures. En 2025, 3,6 milliards de pièces neuves ont été mises sur le marché, soit près de 10 millions d’articles par jour. Le chiffre reste impressionnant, mais la dynamique change de rythme. Après une hausse de 2,9 % en 2024, la progression n’est plus que de 1,5 % en 2025. Le marché poursuit donc sa croissance, mais de façon plus mesurée, dans un contexte où les habitudes d’achat évoluent sous l’effet du prix, de la seconde main, du commerce en ligne et d’une sensibilité accrue aux enjeux environnementaux.
Le baromètre annuel de Refashion, éco-organisme de la filière textile d’habillement, linge de maison et chaussures, permet de mesurer avec précision les volumes mis sur le marché français. Ces données reposent sur les déclarations de plus de 11 000 marques, distributeurs et fabricants. Elles offrent une photographie concrète du vestiaire des Français, mais aussi des tensions qui traversent un secteur à la fois très dynamique commercialement et fortement questionné sur son impact environnemental.
L’habillement reste le poids lourd du marché
Sans surprise, l’habillement représente l’essentiel des volumes. En 2025, 2,954 milliards d’articles d’habillement ont été vendus en France, en hausse de 1 % par rapport à 2024. À lui seul, ce segment représente 73 % de la hausse globale des mises en marché, avec 39 millions de pièces supplémentaires par rapport à l’année précédente.
Les produits les plus vendus restent des basiques du quotidien. Les tee-shirts arrivent en tête avec 450 millions d’articles vendus, soit 15 % du marché de l’habillement, en progression de 3 %. Les sous-vêtements et la lingerie suivent de très près, avec 440 millions d’articles et une hausse de 2 %. Les pulls atteignent 217 millions de pièces, en croissance de 4 %. Les vêtements pour bébé progressent également, avec 212 millions d’articles vendus, soit une hausse de 5 %. La chemise, catégorie plus formelle, enregistre une progression notable de 8 %, avec 98 millions de pièces.
Cette évolution est intéressante, car elle semble traduire un léger rééquilibrage du vestiaire. Après plusieurs années marquées par la domination du casual, du sportswear et des baskets, certaines pièces plus habillées retrouvent de l’espace. La chemise progresse aussi bien chez les femmes que chez les hommes, signe d’un regain d’intérêt pour des vêtements plus structurés, peut-être lié au retour plus régulier au bureau, aux sorties ou à une volonté de diversifier les usages vestimentaires.
Toutes les catégories ne progressent pas pour autant. Quatre familles sont en baisse. Les chaussants et chaussettes reculent de 5 %, malgré un volume encore massif de 633 millions d’articles. Les robes diminuent de 7 %, confirmant une tendance défavorable déjà observée. Le sportswear recule de 3 %, après plusieurs années de forte progression. Les manteaux baissent de 2 %, avec 31 millions de pièces vendues.
Les chaussures repartent à la hausse
Le marché de la chaussure se distingue par la plus forte progression de l’année. En 2025, 281 millions de paires ont été vendues, soit une hausse de 4 % par rapport à 2024. Cela représente 11 millions de paires supplémentaires.
Les baskets et sneakers demeurent très largement dominantes, avec 109 millions de paires vendues. Elles représentent 39 % du marché de la chaussure. Mais leur progression est presque à l’arrêt, avec seulement 0,3 % de hausse. Ce ralentissement est l’un des signaux les plus parlants du baromètre. La sneaker reste reine, mais son hégémonie semble moins incontestable.
À l’inverse, les chaussures de ville connaissent une dynamique plus marquée. Les chaussures basses progressent de 18 %, avec 31 millions de paires vendues. Les bottes et cuissardes augmentent de 11 %, à 10 millions de paires. Les chaussures d’été progressent de 5 %, avec 72 millions de paires, tandis que les chaussures d’intérieur gagnent 4 %, à 28 millions de paires. Les chaussures de bébé sont également en forte hausse, à 15 millions de paires, soit une progression de 18 %. Seules les bottines reculent nettement, avec une baisse de 10 %.
Cette reprise des chaussures plus urbaines ou plus formelles rejoint le mouvement observé dans l’habillement. Le vestiaire semble sortir progressivement d’une logique entièrement dominée par le confort et les usages sportifs. Sans rupture brutale, le marché envoie le signal d’un retour partiel à des pièces plus polyvalentes, plus habillées ou plus adaptées à la vie professionnelle et sociale.
Le linge de maison progresse légèrement
Le linge de maison reste en croissance, mais de manière limitée. En 2025, 367 millions d’articles ont été vendus, soit une progression de 1 %. Après deux années de forte croissance, le segment marque donc un fléchissement.
Le linge de lit, qui représente 118 millions d’articles, recule de 2 %. Le linge de bain reste stable, avec 100 millions d’articles vendus. En revanche, le linge de table progresse fortement, avec une hausse de 18 % et 21 millions d’articles. Le linge de bébé augmente également de 15 %, à 9 millions d’articles. Les autres articles, notamment les produits de nettoyage textile, atteignent 119 millions d’unités, en hausse de 1 %.
Ce mouvement confirme que les achats liés à la maison ne disparaissent pas, mais qu’ils se déplacent. Après une période où le linge de lit avait particulièrement bénéficié de l’attention portée à l’habitat, la croissance se concentre davantage sur des segments plus ciblés, comme le linge de table ou le linge de bébé.
Un vestiaire français toujours très fourni
Le baromètre permet aussi de traduire ces volumes en achats moyens. En 2025, il s’est acheté en moyenne 43 pièces d’habillement neuves par Français, dont 27 vêtements. C’est une pièce de plus qu’en 2024. La moyenne montre à quel point le renouvellement du vestiaire reste important dans les pratiques de consommation.
Les femmes achètent en moyenne 33 pièces d’habillement par an, dont 25 vêtements. Les hommes en achètent 19, dont 16 vêtements. Le vestiaire enfant est stable, avec 50 pièces par an, dont 40 vêtements. Le vestiaire bébé se distingue par une forte intensité d’achat, avec 80 pièces par an, dont 51 vêtements. Cette progression du rayon bébé intervient pourtant dans un contexte de baisse de la natalité, ce qui souligne le poids des pratiques de rééquipement, des petits prix et de la grande distribution sur cette catégorie.
Côté chaussures, la moyenne reste stable à 4 paires neuves par Français. Les femmes et les hommes achètent chacun environ 3 paires par an. Les enfants et les bébés atteignent 6 paires par an. Là encore, seul le vestiaire bébé progresse, avec une paire neuve supplémentaire par rapport à 2024.
Pour le linge de maison, la moyenne est stable à 12 articles neufs par foyer. Elle se répartit entre environ 4 articles de linge de lit, 3 articles de linge de bain, 1 article de linge de table et 4 autres articles.
Les pure players continuent de tirer le marché
L’évolution du marché varie fortement selon les circuits de distribution. Les pure players, c’est-à-dire les enseignes ou marques qui vendent uniquement en ligne, restent les principaux moteurs de croissance. Leurs volumes progressent de 12 % en 2025. La hausse est toutefois beaucoup plus modérée qu’en 2024, année où leur progression atteignait 29 %.
Les soldeurs continuent eux aussi de croître, mais là encore à un rythme ralenti, avec une hausse de 3 % contre 10 % l’année précédente. Les chaînes de périphérie progressent de 3 %, les grandes surfaces alimentaires de 2 %. À l’inverse, les chaînes de centre-ville et de centres commerciaux reculent de 2 %, tandis que les spécialistes du sport baissent de 3 %.
Le constat est net : sans les pure players, le marché serait quasiment stable, avec seulement 0,2 % de progression. Le commerce en ligne joue donc toujours un rôle décisif dans l’augmentation des volumes. Cette tendance pose une question de fond sur l’accessibilité permanente de l’offre, la fréquence d’achat et la place du prix dans les décisions des consommateurs.
La seconde main s’installe dans les usages
La seconde main poursuit sa progression. En 2025, 65,4 kilotonnes de textiles et chaussures de seconde main ont été vendues en France, soit une hausse de 4,8 % par rapport à 2024. Elle représente désormais 7,2 % des volumes de la consommation globale de textiles et chaussures.
Le marché se structure autour de trois grands types d’acteurs. L’économie sociale et solidaire représente 24,8 kilotonnes, soit 39 % du volume. Les ventes entre particuliers atteignent 27,3 kilotonnes, soit 43 %. Le B2C, c’est-à-dire les sociétés marchandes proposant du textile de seconde main, représente 11,5 kilotonnes, soit 18 %.
Les dynamiques sont différentes selon les circuits. Les volumes de l’économie sociale et solidaire progressent légèrement, mais avec des situations contrastées. Les ressourceries et recycleries sont en hausse, tandis que certaines boutiques caritatives ou friperies solidaires rencontrent davantage de difficultés. Le C2C, longtemps porté par les plateformes numériques, continue de croître mais plus lentement, avec une hausse d’environ 4 %, signe d’un marché qui gagne en maturité. Le B2C connaît en revanche une progression plus forte, estimée à 15 %, portée par les friperies, les magasins vintage et les enseignes qui déploient des corners ou rayons de seconde main.
L’un des enseignements importants concerne les prix. En moyenne, un article neuf textile, linge ou chaussure coûte 15,70 euros. Pour un vêtement neuf, le prix moyen atteint 20,80 euros. Mais le marché du neuf reste dominé par l’entrée de gamme, qui représente 7 achats sur 10, avec un prix moyen de 8,30 euros. Or le prix moyen d’un vêtement de seconde main est de 8,50 euros. La seconde main se situe donc à un niveau très proche du neuf d’entrée de gamme.
Cette proximité tarifaire peut expliquer une partie des arbitrages des consommateurs. Elle montre aussi que la seconde main n’est pas seulement un marché de conviction écologique ou de recherche de pièces rares. Elle devient une solution de consommation ordinaire, concurrente directe du neuf à bas prix, mais avec des écarts importants selon les circuits. Le prix moyen est de 3,40 euros dans l’économie sociale et solidaire, de 9,40 euros dans le C2C et de 16,70 euros dans le B2C.
Une question environnementale de plus en plus pressante
La progression continue des volumes neufs rappelle l’ampleur du défi environnemental. Chaque jour, près de 10 millions de pièces textiles et chaussures sont mises sur le marché. Ces articles deviendront un jour des déchets à collecter, trier, réemployer ou recycler.
Le document souligne que deux tiers des textiles et chaussures finissent encore dans les ordures ménagères ou dans les bennes tout venant des déchetteries. Cela représente 649 000 tonnes incinérées ou enfouies chaque année. Dans ce contexte, le développement d’une industrie du recyclage textile devient un enjeu central. L’objectif n’est plus seulement de limiter le gaspillage, mais de transformer des matières en ressources capables de réintégrer des cycles productifs.
La montée de la seconde main constitue un signal positif, mais elle ne suffit pas à compenser l’augmentation des volumes neufs. Le marché français reste marqué par une consommation abondante, très accessible, soutenue par les prix bas et la puissance du commerce en ligne. Le ralentissement de la croissance en 2025 peut annoncer une forme de stabilisation, mais les volumes demeurent très élevés.
Le baromètre 2025 décrit ainsi un secteur en transition incomplète. Les Français achètent toujours plus de pièces neuves, tout en intégrant davantage la seconde main dans leurs habitudes. Les sneakers ralentissent, les chaussures de ville et les chemises reprennent de la vigueur, le bébé tire certaines catégories, et les pure players continuent d’alimenter la progression du marché. Derrière ces évolutions commerciales, une question demeure : comment concilier le renouvellement permanent du vestiaire avec la nécessité de réduire les déchets et l’impact environnemental de la filière textile ?
