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Souffrance au travail dans le service public de Christelle Mazza chez Editions du Puits Fleuri

Editions du Puits Fleuri nous propose, de Christelle Mazza, Souffrance au travail dans le service public : Sortir du silence – Entrer en résistance

Christelle MAZZA est avocate au Barreau de Paris depuis 2006. Elle assiste les agents publics et les lanceurs d’alerte dans leurs procédures administratives et pénales contre l’État employeur, élus et membres du gouvernement. Elle publie des essais et chroniques littéraires et politiques sur son blog laculturedudroit.com depuis 2008. Elle a créé en 2023 l’association de défense des lanceurs d’alerte Salammbô et en 2025 le podcast « Mary Larsen, la magie de l’ordinaire », galerie d’interviews d’agents publics et de résistants.

Dans Souffrance au travail dans le service public, Christelle Mazza ne se contente pas d’explorer un phénomène social ou organisationnel. Elle propose une lecture plus large, presque clinique, du malaise qui traverse aujourd’hui les administrations françaises. À travers l’analyse de la détérioration de la santé mentale des agents publics, l’ouvrage pose une question frontale : et si la souffrance des fonctionnaires révélait une crise plus profonde de la démocratie elle-même ?

De l’usine au métavers : la dématérialisation du pouvoir et l’effritement du sens

Dans l’ombre de ce que l’auteure appelle la « Grande Société », le monde du travail a connu une mutation accélérée. De l’industrialisation aux technologies numériques, jusqu’à l’irruption de l’intelligence artificielle et du métavers, les structures productives et administratives se sont transformées à une vitesse inédite. Or, souligne Christelle Mazza, plus la souveraineté se dématérialise et plus les outils scientifiques progressent, plus l’ordre social semble se fragmenter.

Le secteur du soin et de la clinique du travail a depuis longtemps cartographié la dégradation préoccupante de la santé mentale des travailleurs. Burn out, dépression, perte de repères, épuisement moral constituent désormais des diagnostics récurrents. Pourtant, parmi ces indicateurs alarmants, la souffrance au travail des fonctionnaires demeure largement invisibilisée.

Cette occultation interroge. Car le service public n’est pas un espace neutre. Il est le lieu d’incarnation de l’État, de ses principes, de ses missions et de son autorité légitime. Lorsque ceux qui le servent vacillent, c’est tout l’édifice institutionnel qui peut être fragilisé.

La clinique du service public comme symptôme démocratique

L’ouvrage propose un déplacement du regard. Il ne s’agit plus seulement d’analyser les risques psychosociaux à l’échelle individuelle ou organisationnelle, mais d’interroger leur portée politique. Existe-t-il un lien entre la souffrance des agents publics et l’effondrement démocratique évoqué par l’auteure ?

Christelle Mazza suggère que les symptômes affectant le travail public peuvent révéler des dysfonctionnements plus vastes : perte de sens des missions, injonctions contradictoires, culture du chiffre, affaiblissement des collectifs, mise en tension permanente des cadres intermédiaires. Autant d’éléments qui traduisent une transformation profonde de l’État.

La logique gestionnaire inspirée du secteur privé s’est progressivement imposée dans les administrations. La recherche de performance, la rationalisation budgétaire et la dématérialisation des services ont certes permis des gains d’efficacité. Mais elles ont aussi ébranlé les repères historiques du service public : continuité, égalité, neutralité et primauté de l’intérêt général.

Dans ce contexte, les agents se retrouvent parfois pris dans un conflit de loyauté. Doivent-ils prioriser les indicateurs et objectifs quantitatifs ou rester fidèles à leur conception éthique du métier ? Lorsque les moyens diminuent et que la charge augmente, le sentiment d’impuissance s’installe, nourrissant frustration et désengagement.

L’exception d’urgence devenue norme

L’auteure inscrit également sa réflexion dans le contexte politique contemporain. Elle observe que l’exception d’urgence tend à se banaliser, que des atteintes à la probité surgissent jusque dans les sphères les plus élevées de l’État et que la frontière entre intérêt public et intérêts privés se brouille.

Corruption, détournement de fonds, conflits d’intérêts, privilèges, dogmatisme, dérives autoritaires sont évoqués comme des signaux d’alerte. Sans se limiter à une dénonciation factuelle, Christelle Mazza interroge la cohabitation entre un État de droit fragilisé et d’autres logiques, notamment celles du marché ou de la criminalité organisée.

À ses yeux, le malaise des fonctionnaires n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un mouvement plus large d’interpénétration entre sphère publique et intérêts privés, où l’avidité illimitée de certains acteurs affaiblit les fondements juridiques et éthiques de l’action publique.

L’isolement des agents et la désagrégation du collectif

Sur le plan organisationnel, l’ouvrage rejoint les constats établis par de nombreux travaux sur les risques psychosociaux. Les restructurations permanentes, la mobilité accrue et la pression hiérarchique fragilisent les collectifs de travail.

Les cadres intermédiaires, en particulier, se retrouvent dans une position délicate. Relais d’objectifs stratégiques parfois difficiles à tenir, ils sont eux-mêmes soumis à une forte pression. Pris entre la direction et les équipes, ils peuvent perdre leur capacité à jouer un rôle de soutien et d’arbitrage.

La disparition progressive des espaces d’échange et de solidarité accentue l’isolement. Or, la souffrance au travail n’est pas seulement une affaire individuelle. Elle est aussi le produit d’un environnement organisationnel et culturel.

Résister pour restaurer l’État de droit

L’un des aspects les plus forts du livre réside dans son appel explicite à la résistance. Fonctionnaires, écrit l’auteure, il devient urgent d’entrer en résistance. Cette résistance n’est pas une invitation à la rupture institutionnelle, mais à l’éveil d’une conscience juridique et politique.

Retrouver l’État de droit, la dignité humaine et l’éthique suppose, selon elle, de réinvestir le sens des missions publiques. Les agents doivent pouvoir se réapproprier leur rôle, défendre les principes qui fondent leur engagement et refuser les dérives contraires à l’intérêt général.

Cette dimension militante distingue l’ouvrage d’une simple étude sociologique. Christelle Mazza propose une lecture engagée, où la santé mentale des fonctionnaires devient un indicateur de la vitalité démocratique.

Un livre qui dépasse le cadre professionnel

En articulant clinique du travail et réflexion politique, Souffrance au travail dans le service public dépasse le seul champ des ressources humaines. Il interpelle l’ensemble des citoyens. Car si la démocratie est en danger, comme l’affirme l’auteure, alors la question du travail public nous concerne tous.

Le service public est l’interface entre l’État et la population. Sa fragilisation peut entraîner une perte de confiance institutionnelle, un sentiment d’abandon et une montée des tensions sociales. La souffrance des agents n’est donc pas un sujet corporatiste : elle est un enjeu collectif.

Une alerte et un appel à la lucidité

Au croisement de l’analyse organisationnelle et de la critique politique, l’ouvrage dresse un constat sévère mais lucide. Il met en lumière un malaise savamment occulté et invite à ne pas réduire la souffrance au travail à une simple question individuelle.

En reliant la clinique du service public à l’état de la démocratie, Christelle Mazza ouvre un débat essentiel : comment préserver l’éthique, la dignité et l’État de droit dans un contexte de transformations rapides et d’interpénétration croissante entre sphères publique et marchande ?

À l’heure où l’attractivité de la fonction publique décline et où les vocations s’érodent, ce livre agit comme un signal d’alarme. Il rappelle que la modernisation ne peut s’opérer au détriment des femmes et des hommes qui font vivre l’administration. Car derrière les indicateurs et les réformes, il y a des consciences, des engagements et un pacte démocratique à préserver.

Un ouvrage dense, exigeant et engagé, qui invite à regarder autrement le service public : non plus comme une structure abstraite, mais comme le baromètre de la santé démocratique du pays.

Olivier Kauf

Consultant depuis plus de 30 ans, Je suis depuis une dizaine d'années journaliste, professionnel dans le domaine des risques et des assurances pour le e-mag RiskAssur-hebdo (https://www.riskassur-hebdo.com) et témoin de mon époque pour https://notre-siecle.com et https://perelafouine.com RiskAssur, Notre-Siècle et PèreLaFouine proposent chaque jour de nouveaux articles issus de la rédaction : la vie des sociétés (nominations, acquisitions, accords, …), des tests/présentations de produits, des ouvrages (professionnels, romans, bd, …), … Je peux : - présenter vos produits ou nouveaux ouvrages (il suffit de me les envoyer) - écrire sur des sujets à la demande pour du référencement SEO - publier vos communiqués de presse - Publier vos AAPC - … Une question, une remarque : olivier@franol.fr

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