La photographie reste au cœur des usages malgré l’essor de la vidéo et de l’intelligence artificielle
Deux cents ans après son invention, la photographie conserve une place centrale dans le quotidien des Français. Le Baromètre Photo & Vidéo 2026, réalisé par Sociovision, Groupe Ifop, pour le Salon Photo & Vidéo et l’Alliance Française des Industries du Numérique, montre cependant une profonde transformation des pratiques. La photo cohabite désormais avec la vidéo, l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux, tandis que l’argentique, le vintage et le tirage papier connaissent parallèlement un regain d’intérêt.
L’étude, dont les résultats sont présentés à quelques semaines du Salon Photo & Vidéo prévu du 8 au 11 octobre 2026 à la Grande Halle de la Villette à Paris, souligne d’abord l’intensification de la pratique photographique. Parmi les pratiquants interrogés, 60 % déclarent désormais faire de la photographie quotidiennement. Cette proportion progresse de 5 points en un an et de 21 points depuis 2015.
La photographie apparaît également comme une activité davantage revendiquée comme une passion. C’est le cas de 61 % des pratiquants, soit 8 points de plus qu’en 2015. Dans le même temps, 44 % s’estiment experts en photographie, contre 29 % onze ans auparavant.
De la conservation des souvenirs au langage social
La fonction traditionnelle de la photographie reste très présente. Garder des souvenirs demeure la première motivation citée, à 52 %, tandis que 39 % des pratiquants évoquent le souhait d’immortaliser quelque chose de beau.
Mais la photographie devient aussi un moyen de communication. Ainsi, 56 % des pratiquants déclarent publier des photos afin de rester connectés à leur entourage. Cette proportion atteint 65 % chez les 15-29 ans. Elle a progressé de 20 points depuis 2015.
Le partage de petits moments du quotidien avec ses proches ou son réseau social est cité par 31 % des pratiquants, en hausse de 3 points sur un an. De même, 11 % disent utiliser les images pour discuter et interagir, soit 4 points supplémentaires par rapport à 2025.
Les réseaux sociaux occupent logiquement une place importante. Neuf pratiquants sur dix y publient désormais des photos ou des vidéos. Les usages diffèrent cependant selon les générations. Les 15-29 ans se tournent principalement vers Instagram, Snapchat et TikTok. Les 30-49 ans utilisent davantage Instagram, Facebook et WhatsApp, tandis que les 50-65 ans restent notamment attachés à Facebook et aux outils de partage familial.
La vidéo gagne du terrain auprès des jeunes générations
L’une des principales évolutions mesurées par le baromètre concerne la vidéo. Près d’un pratiquant sur trois en réalise au moins une fois par semaine et 37 % déclarent filmer tous les jours. Ce dernier chiffre progresse de 5 points par rapport à 2025 et de 22 points depuis 2018.
La vidéo prend surtout une place croissante lorsqu’il s’agit de conserver les moments importants. Elle est privilégiée par 69 % des 15-29 ans, contre 59 % des 30-49 ans et 44 % des 50-65 ans.
Les motivations diffèrent légèrement de celles de la photographie. La conservation des souvenirs reste en tête, citée par 42 % des pratiquants. Viennent ensuite le partage des grands moments de la vie, à 33 %, celui des petits instants du quotidien, à 27 %, puis le divertissement, à 25 %. Témoigner ou raconter la réalité est cité par 16 % des pratiquants et exprimer sa personnalité par 12 %.
La diffusion des vidéos reste d’abord privée ou familiale. Elles sont partagées avec les proches dans 52 % des cas et publiées sur les réseaux sociaux dans 46 % des cas.
Les plateformes influencent néanmoins directement les pratiques. Selon le baromètre, 57 % des pratiquants considèrent que les réseaux sociaux les incitent à produire davantage de vidéos. La proportion monte à 70 % chez les moins de 30 ans.
Stories, reels et autres vidéos courtes accompagnées d’effets ou de musique attirent également les utilisateurs. La moitié des pratiquants souhaitent produire ce type de contenu, contre 63 % des 15-29 ans.
Photo et vidéo ne s’opposent d’ailleurs pas nécessairement. Elles deviennent complémentaires. Ainsi, 60 % des pratiquants indiquent qu’il leur arrive de filmer une scène pour en extraire ensuite la meilleure image. Cette pratique concerne 71 % des 15-29 ans.
L’argentique et le vintage séduisent à nouveau
À rebours de cette évolution numérique, le baromètre met en évidence un intérêt marqué pour les pratiques anciennes.
Le design vintage des appareils séduit 67 % des pratiquants, soit 17 points de plus qu’en 2015. Le phénomène concerne également les tirages, puisque 72 % apprécient les photographies imprimées présentant un rendu vintage.
L’envie de photographier sur pellicule atteint également un niveau élevé. Elle concerne 48 % des pratiquants, en hausse de 7 points en un an, alors que 18 % déclarent déjà pratiquer la photographie argentique.
Plus de la moitié des pratiquants, soit 56 %, se disent nostalgiques de l’époque de l’argentique, y compris lorsqu’ils ne l’ont pas connue. Par ailleurs, 81 % considèrent désormais les appareils photo vintage comme des objets de collection.
Cette tendance bénéficie également au marché de l’occasion. Chiner du matériel photographique en brocante ou sur des plateformes spécialisées attire 44 % des pratiquants, et 16 % indiquent l’avoir déjà fait.
Le papier résiste au tout numérique
La multiplication des écrans et des fichiers numériques n’a pas fait disparaître l’objet photographique.
Selon le baromètre, 89 % des Français impriment leurs photos, une proportion annoncée comme stable depuis 2015. Parmi les pratiquants, 69 % estiment par ailleurs que rien ne peut remplacer une photographie imprimée. Cette proportion a augmenté de 8 points depuis 2015 et de 3 points depuis 2025.
L’album photo reste également apprécié puisque 70 % des pratiquants déclarent aimer en concevoir, soit 10 points de plus qu’en 2015.
Les usages eux-mêmes évoluent. Extraire une image d’une vidéo pour l’imprimer recueille l’intérêt de 82 % des Français. Les albums hybrides associant photographies, vidéos et QR codes attirent 37 % des pratiquants et jusqu’à 51 % des 15-29 ans.
L’intelligence artificielle adoptée mais surveillée
L’intelligence artificielle constitue l’autre grande transformation de la photographie et de la vidéo.
Selon l’étude, 61 % des pratiquants utilisent déjà des outils d’IA dans leur pratique et 59 % portent un regard positif sur cette assistance pour la prise de vue, la retouche, le montage ou l’archivage.
Les applications les plus courantes concernent l’amélioration automatique de la qualité des images, utilisée ou appréciée par 50 % des pratiquants, les effets visuels, à 45 %, et la génération d’arrière-plans, à 41 %.
Cette adoption ne signifie toutefois pas une acceptation sans réserve des images générées. Le baromètre fait apparaître une forte demande d’authenticité et de transparence.
Ainsi, 80 % des pratiquants se disent agacés par la multiplication des images créées par intelligence artificielle. Par ailleurs, 70 % souhaitent la création d’un label permettant d’identifier les contenus non créés ou non modifiés par IA.
Enfin, 64 % des Français considèrent qu’une image produite par une intelligence artificielle ne peut pas être qualifiée de véritable photographie.
La Gen Z entre innovation et retour aux pratiques anciennes
La situation des 15-29 ans illustre particulièrement cette coexistence entre usages numériques et retour aux supports traditionnels.
Parmi eux, 69 % considèrent la vidéo comme très adaptée pour immortaliser un moment important. Ils sont également 63 % à créer des stories ou des reels et 71 % à filmer une scène afin d’en extraire une photographie.
Le baromètre relève aussi que 66 % choisissent déjà leurs destinations de vacances en pensant aux photographies qu’ils pourront y réaliser.
Cette génération reste pourtant fortement attirée par les supports physiques et les pratiques anciennes. Elle manifeste notamment davantage d’intérêt pour les tirages en galerie, l’argentique, les appareils au style vintage et les albums photo, y compris lorsqu’ils intègrent des QR codes.
Deux siècles après les premiers travaux de Nicéphore Niépce, la photographie ne semble donc ni disparaître face à la vidéo ni être remplacée par l’intelligence artificielle. Les résultats du Baromètre Photo & Vidéo 2026 décrivent plutôt une diversification des usages. Image fixe, vidéo, IA, argentique et tirages papier coexistent désormais dans un univers où les outils se multiplient, tandis que l’authenticité et la conservation des souvenirs demeurent des attentes structurantes.



