Poésie

La baraque de la Grand-Mère (souvenir d’enfance)

«L’Omerta polonaiseIls savaient des choses innocentes et se taisaient
doucement
afin que plus évidemment
elles ne  se  révélassent… »

Ca pue dans ma chambre. Je fume le cigare et les odeurs ont du mal à s’éliminer. Je brûle de l’encens mais cela n’est pas suffisant. Je dois laver mes draps aussi. Ca me rappelle l’odeur de mon grand père Bar… Parfois, pendant les vacances, je dormais dans sa chambre. Il y avait un lit à côté du sien. Dans le noir, (qui augmentait la dimension du rêve), allongés côte à côte. Il me racontait ses histoires de Pologne. Des aventures de chevaux. Des querelles de clochers. Il me donnait une idée précise de l’ambiance rurale de son adolescence et la période qui précéda sa venue en France. Il avait une stature et un charisme particulier. Sa femme, ma grand-mère… La mère de mon père… Lui en voulait… Il l’avait emmené en France dans l’optique de mener grand train. Propriétaire terrien qu’il lui avait promit… Ils étaient arrivés dans cette ferme des Ardennes. Stanislas n’avait pas le premier Zloty pour s’installer. Elle lui demandait souvent :

  • « Tu as ce qu’il faut pour quand nous arriverons en France?
  • Oui ! Oui ! Ne t’inquiète pas, j’ai toutprévu…

…Qu’il lui répondait. Son employeur, riche fermier, lui prêta un vieux costard pour la cérémonie… Le soir des noces Maria trayait les vaches… Elle ne lui pardonna jamais…

Ils eurent deux enfants. Certainement pas ceux de l’amour…Mon père et sa sœur n’eurent de cesse de se chamailler et de subirent les disputes incessantes de leurs parents qui ne s’aimaient pas. Une démultiplication du drame familial pathologique…

Je me souviens, ils étaient bien glauques. Les ambiances lors des repas étaient bien épaisses. J’étais le prétexte pour un peu de détente. J’imagine que lorsqu’ils étaient seuls, en tête-à-tête, ça devait être terrible. Malgré la rancune qu’ils se portaient, ils nous aimaient, ma sœur et moi. Nous eûmes des moments délicieux. Ils se jalousaient doucement pour ne pas trop nous choquer. Ils avaient conscience que la haine qu’ils avaient dans le cœur ne devait pas nous atteindre. Alors tout se passait en demi-teinte, ils avaient leurs codes secrets pour se pourrir la vie en notre présence. Sourdes manigances pour éviter l’affrontement trop direct. Cela devait être comme un jeu. En notre absence ils se lâchaient un peu plus. Ils  aimaient,  tous les  deux,  déployer, dans : « le déchirement minimisé », une certaine complicité qu’ils n’avaient pas dans l’intimité. En tant que couple, à part entière, ils se devaient inconsciemment d’être proches et nous occupions la place de leur lien, celui qu’ils ne connaissaient plus. Les jalousies pour s’approprier leurs petits-enfants devenaient incessantes. J’allais de l’un à l’autre au gré des mises en scène. En règle général je dormais avec ma grand-mère, elle essayait toujours de me charmer par des petits dons, argent, confiserie, cigarettes, qu’en plus, je lui volais régulièrement. En quelques mots, elle me gâtait et ne savait rien me refuser. Lorsque j’eus l’âge de ressentir les premières démangeaisons et que l’idée de les satisfaire en bonne compagnie me harcela le bulbe, je lui demandais logiquement de me fournir ce dont j’avais besoin… J’en ris encore, ce fut une véritable scène de ménage. Tous les noms d’oiseaux y passèrent. Je fus qualifié de pervers, dégoûtant… etc…

Ce n’était pas : « le château de ma mère » plutôt : « La baraque de ma grand- mère ». Quand elle devenait trop possessive, pour la punir, j’allais dormir avec Stanis qui me faisait rêver de contrées lointaines. Celles de mes origines et de mon sang car nos grands-parents maternelles étaient polonais eux aussi.

60 rue de Roucourt 59176 Masny. Un pays minier lacéré par les corons. Sinistres alignements, où en dépit de tous les déchirements, nous furent heureux malgré tout.

Lorsque, le week-end, avec mes parents, nous nous rendions chez eux pour le rituel dîner familial, il y avait une montée en puissance entre ma grand-mère et mon père et enfin pour couronner le tout, la fille, Thérèse. Ca commençait par les petits piques agaçants de mise en bouche. Le pugilat verbal de fin nous rentrait à la maison plus tôt que prévu.

Ma grand-mère se trouvait toujours prêt de la cuisinière à charbon. Ce combustible gratuit, une trouvaille des mines pour exploiter les pauvres polonais et les autres immigrés qui mourraient de la silicose avant d’atteindre 60 ans. Les logements aussi étaient gratuits et à la mort des trimards, leurs veuves en gardaient l’usage avec une bonne pension … Ma grand mère qui manquait de chance se vu pourvu, à la mort de mon grand-père d’une pension de cancéreux ! Arnaquée jusqu’au bout, qu’elle aura été. Même pas une petite silicose Rien. Un cancer du colon rendez-vous compte ! … Ca vaut rien en pension ! S’il était mort de la silicose elle aurait touché le paquet. Mais, elle savait faire les frites commepersonne…

L’année était rythmée par le calendrier chrétien : « Noël, Les rois, les cendres, les rameaux. Carême jusqu’au vendredi saint puis Pâques où l’agneau pascal, (qu’ils avaient engraissé dans une remise de la cour), régnait au cœur d’une débauche de nourriture : les saucisses polonaises, le raifort, la charcuterie artisanale. Trois jours de suicide alimentaire, matin, midi et soir, après le jeûne plus ou moins respecté… C’était le Zola version immigré polonais. Le danger des mines. La nostalgie. Communauté, tantes, processions religieuses, bals, vodka, catholiques, douceur, respect,sourires.

Le début du film de Michael CIMINO «voyage au bout de l‘enfer». La grande fête communautaire, la chaleur des expatriés. Leur forte propension à reproduire, en la démultipliant à outrance, l’ambiance de leurs origines. La convivialité fortement alcoolisée formait un cocon plus proche de la famille que de l’amitié. Parfois le poids culturel s’appesantissait, organisait l’aberration dans les arcanes de la communication…. L’omerta polonaise:«ils savaient des choses innocentes et se taisaient doucement afin que plus évidemment elles ne se révélassent.»

Ca énervait les français qui les méprisaient par bêtise bofoidale. Eux, qui n’était pas loin de leur ressembler, pardonnaient ce dont ils auraient pu être capables. Aussi, parce qu’ils étaient chrétiens catholiques (la pire des trois…) et qu’il faut pardonner à son prochain et même au suivant…Entre les deux, le juif, qu’il est important de haïr. Pour faire comme tout le monde, comme tous ceux, trop cons pour s’endetter et pas assez futés pour faire des affaires.

Il faut bien un prétexte pour faire payer sa connerie : « Venger le Christ ! » Sales Polaks ! Blancs et blonds, venu de l’Est. Pas loin d’être russes, pire, soviétiques ! Au moment où dans l’esprit des franchouillards régnait la plus grande des confusions. L’avant et l’après guerre. D’abord les hordes teutoniques pour contrer le front populaire… Bravo ! ! Mais maintenant c’est trop, vous pouvez rentrer…Trop tard ! Bon tant pis on va gérer l’occupation. La valse des saucisses, la farandole des jambons et le pain qui n’était pas seul à être noir… Puis la libération ! Encore les rouges à Berlin ! C’est pas loin ! Les Américains ! ? Viols et démagogie. Les Anglais ? Fascisme cynique, et secrète hypocrisie.

Des pauvres latins tiraillés entre l’âme slave et la germanisation. Avec un pseudo sauveur qui négocie avec des saxons ! … Où va la France ! Maréchal nous voilà ! Pétain coup t’es tout pâle…

Avec mes amis d’infortune nous remontions les cités minières. Briques rouges, alignées, construites pour l’élevage de cette pauvreté dont nous avions peu conscience. Bien mieux que les actuelles barres d’entassement humain. Les corons étaient de vraies maisons avec une petite courette à l’arrière et une zone potagère. L’élevage et le maraîchage permettaient d’améliorer considérablement l’ordinaire. Les supermarchés et l’intoxication publicitaire de surconsommation n’existaient pas encore. Il suffisait d’élever ses poules pour avoir des œufs et l’herbe ne manquait pas pour les lapins. Une formalité pour ces supers ruraux qu’étaient mes grands-parents. Stanis connaissait l’art de l’ensilage pour les endives. Maria celui de la charcuterie et des conserves. Avec ca, ils étaient parés pour l’hiver.

Stashku, (diminutif de Stanislas), pour échapper à la tyrannie, partait des après- midi entières à discuter avec les voisins ou dormir paisiblement au creux des talus. Il devait rentrer la mort dans l’âme… « Oùq t’étais ! ? Gdgéchbow ? » Qu’elle lui d’mandait, en polonais : « Chercher de l’herbe… Po trava… » qu’il lui répondait vaguement toujours enPopolskou…

Tu parles, le filou… Il avait une petite faucille (sans marteau) qui dépassait de son panier. La preuve émergente de son labeur. Il sillonnait les «voyettes » (petites voies) qui lézardaient parmi tous les jardins. Comme il était populaire, il lui fallait du temps pour remplir son panier d’herbe à lapin… Le temps de discuter avec les uns et les autres, il rentrait pour se faire engueuler. Elle lui jetait sa gamelle sur la table, à sa place habituelle, coincé devant la porte de la cave, là où s’entassaient le charbon et les bonnes bouteilles…Les moins bonnes aussi… Les choses allaient ainsi. Comme des exercices journaliers. Gymnastique de la dispute. Ambiances épaisses des non-dits devant leurs petits enfants qui venaient améliorer les affres de la haine ordinaire.

Souvent je partais avec lui. Elle essayait toujours de me retenir. Quand je réussissais à déjouer son attention, elle m’en voulait à mort. Me montrait le poing comme pour me maudire. Pendant ce temps là, Stashkou riait sous cape et Maria enrageait. Ils connaissaient tous les trucs des ruraux. Les propriétés curatives des plantes. Une qui secrète un liquide laiteux pour éliminer les verrues. Le paganisme rural auquel ils étaient sensibles les portait naturellement à la superstition.

Maria me terrorisait avec des histoires de sorcières. Souvent issues de son imagination et surtout de ses malentendus de voisinages chers à la paysannerie

« populornaise ».

« Elles rodaient la nuit pour clouer des chouettes aux portes » qu’elle me disait… Sur le moment, je la croyais. Après, avec la réputation de médisances qu’elle s’était forgée dans les parages, je me disais que c’était elle la sorcière. Ca ne me dérangeait pas, au contraire j’avais grâce à elle une certaine notoriété. Lorsque nous allions chez le boucher, qui la craignait, nous étions servis les premiers malgré la queue polonaise qui se déployait à l’extérieur du magasin. Le boucher n’était pas con, il savait qu’elle était capable de lui pourrir sa réputation en aussi peu de temps qu’il ne faut pour

le dire. En plus de ce qu’elle achetait, « Emile Kerker » qu’il s’appelait, lui donnait gratuitement tous les culs de saucisses peu présentables à la vente, mais qui régalait la table et à bon prix. Le boucher avait une viande de qualité supérieure, je ne sais pas d’où il tenait ses bêtes, mais les steaks frites de Maria étaient merveilleux.

Du beurre et de l’ail dans une poêle, posée sur un feu à charbon dont elle connaissait tous les secrets. La température de cuisson était toujours optimale. Elle connaissait l’art de faire les frites. D’abord éplucher les patates, puis enlever les yeux. Les sécher. Les découper dans le sens de la longueur. Ni trop grosses, ni trop fines, ni trop longues, ni trop courtes. En apparence rien de compliqué. Reste la cuisson et sa gestion. Elle connaissait naturellement le maniement de l’âtre qui possédait des ouvertures où s’empilaient des rondelles de fonte. Elle calibrait l’ouverture selon la dimension des poêles ou des casseroles. La marmite qui contenait la graisse à frite (du saindoux il me semble) était déposée une première fois pour une montée en chaleur extrême. Les délicieux tubercules lamellisés reposaient sagement dans la panière, dans l’attente du plaisir d’être cuites, puis dégustées par des gourmands gourmets polonaisde leur état. Quant la graisse lui semblait propice, elle faisait descendre brusquement le panier…. PPRRRRSSSSHHHIIII que ca faisait. A ce moment là, il était déjà question d’un simple festin. Elle ne disait rien, elle savait… Tous, nous observions la mousse qui se concentrait en surface, c’était beau et nous savionsaussi.

Puis, à mi-cuisson, elle enlevait tout ! : elle relevait la panière patatine et écartait la marmite cuissonesque. Les demi frites s’en trouvaient tout ébaubies. Arrêtées en si bon chemin qu’elles étaient… C’était bien le style castrateur de ma grand- mère. Bref ! Après un temps ésotérique, connu d’elle seule, elle renfournait la friteuse dans son cercle et, après un autre temps, quasiment de mesure alchimique, elle replongeait les doigts d’amidon dans la graisse bouillante. La fin de la cuisson nous échappait toujours. Jamais nous n’avons réussi à refaire des frites telles que Maria les faisait. L’assemblée attendait l’arrivée des pommes souterraines avec dévotion… Chacun se regardait avec un air entendu et la magie se reproduisaient à chaque fois. C’était la trêve. Aucune possibilité de chamailleries. Le temps, visionnaire alléché, frustré de ne pouvoir y goûter se suspendait. Puis la viande, épaisse et juteuse était posée royalement sur un grand plat, les frites déposées savamment alentour avec des scories à leur contour. Dorées à l’or fin ! Ca croquait gentiment sous la dent. Jamais trop cuites ni pas assez, une artiste immuable !

Puis le couronnement c’était la sauce…Rien que du beurre et du jus de viande. En provenance directe de la poêle, noire de culot, elle avait une connaissance quasi scientifique de la cuisson. Elle s’imposait, par sa secrète obscurité. Ma grand-mère pouvait compter sur elle. Elle attendait avec profondeur d’être mise en œuvre par la maîtresse du fourneau. L’ail aussi l’emportait, mais très judicieusement. Les petites croustillantes, enfin, avaient le droit de se baigner dans les gras délices de la Douairiére des lieux. (Prés de DOUAI* forcément…) Elle avait répété ce rite d’innombrables fois sans jamais faillir. Enfin je n’en ai pas le souvenir. Les autres membres de la famille connaissaient ses talents et malgré les disputes inévitables qui s’en suivaient, ils venaient quand même à la table des sados masos. Mon oncle Alex, ma « matante* » Marie et les cousines.(La tante nous l’appelions « matante » et avec un adjectif possessif cela devenait : « ma matante ».

Maria avait un tour de main qui correspond encore, Dieu merci, aux maîtresses de l’amour. Celles qui font corps avec la cuisine. Qui transforment les produits de la terre en une résolution gustative ! Son art dépendait du plaisir qu’elle déployait à repaître les convives. Une telle entité, malgré tout, ne devait pas être foncièrement mauvaise.

Quand l’ambiance était à la trêve. Avec mes cousines, nous improvisions des scènes d’amour extrait et calquées de romans à l’eau de rose, style : « Confidences. Nous Deux… » Les adeptes du catalogue de la Redoute aux pages collées des sous vêtements sereconnaîtront.

Comme ma grand-mère n’avait rien mis en œuvre pour apaiser mes « tensions ». Je jouais avec mes cousines qui furent les premières artisanes d’émois dont je ne pourrais oublier la teneur… Il en vint d’autres que j’aurais plaisir à vous narrer mes bons. Qui ? N’a pas intérêt à dévoiler ces secrets qui enchante l’esprit et le soulagent de toutes les autres vicissitudes. Il n’y a qu’à se souvenir de cela et le reste s’efface. Merci à vous chères et tendres cousines. Les maris ne sont même pas jaloux. Ils eurent eux aussi leurs cousines, comme tout unchacun…

Ensemble, nous faisions des pique-niques géants en forêt de Crécy. C’était la route qui nous menait vers «les vacances au bord de la mer ». Comme dans la chanson de Michel Jonasz. Elle semble avoir été écrite pour nous et pour des milliers de familles qui goûtaient au plaisir des vacances dans les années 60. Fort-Mahon. Quend-Plage. Bray-Dunes. Merlimont. Stella-Plage A chaque fois, nos parents, oncles et tantes s’alliaient pour une location d’un mois. Baignades, courses folles dans les dunes. La baie d’Authie, baignée de douce lumière, nous offrait ses coques… (Encore de précieuses alliées pour les frites….). Au petit matin, quand la marée s’annonçait basse, nous nous levions sans peine. Enfourchions nos maillots de bains et nos filets à crevettes, (au cas où) afin d’avoir le délice de piétiner les bourrelets ondulés du sable à marée basse. J’aime encore ca. Ils semblent avoir été dessinés pour ma voûte plantaire. Et quand le format n’y est pas, il suffit de forcer un peu, ca s’enfonce comme pour un massage. Je n’avais qu’à errer doucement au gré des ondulations. Se repaître, à mi-distance, des dépressions sablonneuses générées par le retrait de l’eau. Il demeurait ce que nous appelions : « des bâches ». Réservoirs naturels. Viviers improvisés dans lesquels crabes et crustacés s’étaient attardés plutôt que de repartir sagement avec la mer, immuable de va et vient. Ils devenaient des proies faciles. Les crevettes frétillaient dans le filet. Nous les péchions aussi sur le rivage lorsque la mer était «étale », c’est à dire qu’elle stoppait pendant quelques temps son mouvement. Elle était en fin de marée basse. En général, les eaux étaient un peu limoneuses. Il fallait avancer longtemps avant de trouver un peu de profondeur. Alors nous en profitions pour draguer le fond. Parfois nous nous avancions un peu trop et la houle dépassait notre taille. Le filet se mettait à flotter et nous devions revenir vers le rivage. Nous vidions le contenu sur le sable afin d’en recueillir les plus dodues. Tels de jeunes Robinsons, nous nous attardions à jouer avec leurs antennes dans le sable humide. Au loin, des brumes de chaleur nous rappelait que l’été était le serviteur de nos vacances et qu’il s’employait, chaque année à nous restituer le bien-être de l’année précédente. Impossible d’oublier l’odeur de l’iode, le vent dans les dunes qui faisait frémir les joncs au sommet des multiples crêtes. Nous y étions un peu en retrait, un peu décalé pour entendre le ressac, sentir la présence du littoraldanssaglobalitéetdefaçonsiparticulière.Devinerlapermanencedesvagues.

Puis atteindre le sommet de la dernière dune, enfin, scruter l’horizon, devenu ligne incertaine flottant dans les extractions calorifères.

Nos familles avaient installé un petit campement sur la plage. Sièges, paravents, parasols et surtout la glacière. Le fameux goûter était toujours là pour nous rassasier après la baignade. A chaque fois on nous disait ne retourne pas à l’eau tout de suite ! Pas pendant la digestion… Évidemment le temps nous était compté et par instinct nous savions que ces mesures n’avait aucune valeur scientifique. Alors après avoir insisté, nos parents cédaient à nos insistances non sans nous avoir précisé de nous passer un peu d’eau sur la nuque avant de nous trempercomplètement.

Condé sur Escaut, les remparts de Vauban, la caserne, le canal, les escapades grenouilles, têtards, Salamandres. Les noyades manquées. Les aventures au delà du Jarre. Le trou de la sorcière. La casemate où vivaient un couple de clochards. L’école où j’étais le premier surtout en français. Emile Verhaeren et l’instit un peu pédophile qui me demandait de lui attraper ses bretelles sous sa veste. Le sandwich au camembert coulant accompagné d’une pomme. Le tramway. La Belgique et l’odeur de ses épiceries. L’essence moins chère. Bonsecours et son parc d’attraction. Le géant Atlas. Les glaces entre deux gaufrettes.

L’ambiance était au beau fixe quand nous arrivions à nous échapper de la gendarmesque paternelle. Lorsqu’ils étaient à la guerre ou en manœuvre pour le maintien de l’ordre nous arrivions plus facilement à déjouer l’attention de nos mères. Alors nous partions à l’aventure dans des territoires inconnus qui, dépassé une certaine limite, nous engageaient dans des actions plus élaborées. Nous devions nous impliquer vraiment et pour un temps supérieur à l’heure fixée par les parents et à laquelle nous devions impérativement rentrer.

Pour dépasser les limites fixées par nos simples extensions, nous nous servions d’un arbre qui courait et descendait le long d’une des parois du rempart qui entourait le site. Nous pouvions alors rejoindre le lit du Jarre, ruisseauinsalubre infesté de rats dans lequel se déversait les latrines de la caserne. Il y avait une petite corniche qui courait le long du simple cours d’eau et sur laquelle, nous nous entraînions à des courses effrénées au risque de s’y répandre. Il y avait des sureaux que nous récoltions. Une fois séchée nous les fumions à nous rendremalades.

C’était la jungle interdite qui dans nos jeunes esprits prenait des dimensions extravagantes. Une fois adulte, je suis retourné sur les traces de mon enfance. Le rêve avait disparu. Annihilé par l’extension des géométries de l’imaginaire.

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Dominique Bar

Mon ego ne parle qu'à moi... CITATIONS FAVORITES Le destin, c’est le nom que nous donnons à la combinaison infinie et ininterrompue de milliers de causes emmêlées. Jorge Luis BORGES. À quoi reconnaît-on alors le véritable artiste? « L’artiste est son meilleur critique. S’il dialogue avec son œuvre, c’est un artiste ; s’il dialogue avec le public, c’est probablement un imposteur. ». Ernst Gombrich

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