Accueil / Poésie / Une méthode pour écrire

Une méthode pour écrire

Si la poésie emploie la métaphore comme structure, il me semble (mais peut-être me trompe-je!) que l’organisation du récit, et plus largement, ce à quoi il aboutit presque toujours, quand, par une espèce de retournement, il donne jour au MYTHE qu’on appelle, improprement peut-être ROMAN) dépend, en bonne part, tout au moins, de ce que l’on pourrait appeler, par défaut, la METONYMIE. Il est vrai que je donne à ce dernier mot un sens non pas vraiment différent, mais en tout cas, beaucoup plus détendu, que celui du dictionnaire. J’appelle METONYMIE un transfert par CONTIGUITE – Bien, comme cette définition vous laissera perplexe, je l’illustrerais par l’exemple…. en espérant être aussi clair que possible… vous pourrez, je crois, en tirer ainsi… un certain profit… pour la suite de vos récits.

La méthode (puisque c’en est une) consiste à choisir un mot, puis à le rapprocher d’un autre avec qui il forme une ALLITERATION. On obtient ainsi une relation (plus ou moins arbitraire, mais également créatrice) d’un mot à l’autre au moyen de laquelle se fixent les premiers termes d’une histoire qui appelle le rapprochement avec d’autres mots, et ainsi de suite.

Le mot «CRAN» par exemple (au sens d’ondulation) peut offrir un bon point de départ. Il appelle naturellement le mot «ECRAN» (comme écran de cinéma) Qu’est- ce qui nous permettrait alors de passer de l’un à l’autre mot? (CRAN – ECRAN). (LES CRANS – L’ECRAN).

On peut imaginer un ciel ennuagé, par temps d’hiver, sur lequel se détachent, les fumées (panachées) les cheminées (de la ville). Les volutes de fumée dessinent des crans qui se serrent les uns derrière les autres. Mais aussi, le dessin des fumées DOUBLE, en quelque sorte, la découpe des images dont la bordure brille d’un effet plus clair que le gris qui rayonne sombrement au centre.

Imaginons, pour continuer notre histoire, une série d’objets ou de figures présentant également des crans. – Une tranche de jambon de pays où le couteau a laissé de fines rainures. Une femme aux cheveux crantés Une veste en tweed. L’effet des vagues sur le sable quand la mer se retire… Nous possédons, à ce stade, d’assez d’«éléments» pour construire une histoire. (Car il ne s’agit, en effet, ni plus ni moins que d’une construction, un échafaudage, en somme.) Puis un homme (ou une femme), entre deux ages, vêtu d’un pardessus, il marche dans la rue. Il lève, par moment, les yeux vers les nuages. Les fumées suggèrent une profondeur. Il entre bientôt dans un restaurant. C’est plutôt une gargote. Il semble y être habitué. Il se fait apporter une tranche de jambon… Il commence à découper le gras pour le laisser de côté, sur le bord de l’assiette. Il n’a jamais pu le manger. Cela le dégoûte. Il pense à sa mère.

Chaque fois qu’il a du jambon gras à découper, c’est à sa mère qu’il pense. Elle lui disait toujours: «Le gras, c’est le meilleur.» A côté de lui, à une table voisine, il y a un couple. La femme a des cheveux crantés. L’homme au pardessus entend distinctement les paroles que la femme échange avec l’homme qui lui fait vis-à-vis, mais le sens de la discussion lui demeure inaccessible. Il semble qu’il soit question

de…. Et puis de… mais les paroles finissent par se perdre… comme la voix d’un oracle… tandis que les garçons de salle semblent exécuter un pas de deux… comme si les paroles proférées par le couple d’à côté leur fournissait un rythme, à leur aller et venues. Il sort du restaurant, vaguement indisposé par une digestion difficile et s’accorde une petite promenade (à travers la ville) dont il espère le plus grand bien. Il a l’impression, en marchant, que l’air froid le remet progressivement d’aplomb. Mais ses idées demeurent encombrées, traversées de rêveries, de pensées diffuses. Tout à l’heure, au moment de régler l’addition, il a retrouvé, en mettant la main dans sa poche (intérieure) de sa veste en tweed, la carte postale qu’un ami (ou amie?) lui a envoyée récemment du lieu où il passe «d’agréables vacances». La carte, qu’il avait glissée machinalement dans sa poche, et peu ou prou oubliée, représente un bord de mer. Une étendue de sable mouillé dont les stries dégradées laissées par l’écume double le profil ondoyant des vagues…etc.… L’homme (au pardessus) pense à cet ami (ou cette amie…) qui, à cette heure, se trouve sous un ciel clément et chaud.

Pourquoi, se dit-il, n’irait-il pas la, le rejoindre… plutôt que d’avoir à subir les frimas d’un hiver belliqueux. A défaut de la, le rejoindre, partir quand même, ailleurs, là où sont les cieux plus souriants…etc.… L’homme rentre chez lui avec ce rêve de plage et de farniente. Comme pour prolonger ce rêve, il punaise la carte postale sur une poutre où les dents de la scie ont laissé leurs empreintes.

Cette histoire, banale, somme toute, pour montrer la méthode, est écrite dans un style dépouillé… aussi neutre que possible… Après, les extensions sont infinies…

Métaphore: http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9taphore

Métonymie: http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tonymie

Allitération: http://fr.wikipedia.org/wiki/Allit%C3%A9ration

À propos Dominique Bar

Mon ego ne parle qu'à moi... CITATIONS FAVORITES Le destin, c’est le nom que nous donnons à la combinaison infinie et ininterrompue de milliers de causes emmêlées. Jorge Luis BORGES. À quoi reconnaît-on alors le véritable artiste? « L’artiste est son meilleur critique. S’il dialogue avec son œuvre, c’est un artiste ; s’il dialogue avec le public, c’est probablement un imposteur. ». Ernst Gombrich

Laisser un commentaire