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« Pour le plaisir » : quand le cinéma grand public met le plaisir féminin au centre du récit

Le 6 mai 2026, la comédie Pour le plaisir de Reem Kherici arrivera en salle avec un sujet encore rarement traité aussi frontalement dans le cinéma populaire : le plaisir féminin, ses silences, ses blocages et la manière dont il bouscule l’équilibre du couple. Porté par Alexandra Lamy et François Cluzet, le film s’appuie sur une intrigue conjugale simple en apparence, mais chargée d’un enjeu intime majeur : après vingt ans de vie commune, Fanny révèle à Tom qu’elle n’a jamais connu l’orgasme. De cette confession naît une quête à la fois sentimentale, comique et existentielle, centrée autour d’un objet devenu emblématique : le Womanizer.

Le film choisit ainsi de faire d’un sextoy un pivot narratif. L’objet n’est pas traité comme un simple accessoire comique, mais comme le révélateur d’un malaise ancien et d’un tabou persistant. Dans l’histoire, Tom se lance dans le défi de concevoir l’objet capable de révolutionner le plaisir féminin. Or, le document souligne que cet objet existe déjà dans la réalité : le Womanizer, créé par Michael Lenke, et dont Passage du Désir se présente comme le plus grand revendeur mondial. Cette passerelle entre fiction et réalité sert de fil rouge à tout le propos développé autour de la sortie du film.

Au-delà de l’argument de comédie, Pour le plaisir se distingue par son point de départ : la mise en lumière d’un sujet longtemps relégué à la sphère privée, voire au non-dit. Le texte avance qu’une femme sur trois n’aurait jamais connu l’orgasme, un chiffre mis en avant dans le film et repris par Passage du Désir, qui affirme le constater quotidiennement dans ses boutiques. Selon la marque, des femmes viennent y chercher, parfois pour la première fois, un espace d’écoute, de conseil et de réponses sur leur sexualité. Avec environ 150 000 clients accueillis chaque mois, l’enseigne affirme voir se répéter ces situations, ce qui donne au film un ancrage dans une réalité sociale et relationnelle plus large.

C’est sans doute là que réside l’un des aspects les plus intéressants du projet : Pour le plaisir ne se contente pas d’utiliser le thème du plaisir féminin comme ressort scénaristique. Il s’inscrit dans un mouvement plus large de libération de la parole. Le texte insiste sur le rôle du cinéma dans cette évolution : lorsqu’une comédie grand public choisit de mettre un tel sujet au centre de son récit, elle contribue à le faire sortir des marges. Ce qui relevait autrefois d’un sujet discret, embarrassé ou jugé secondaire accède alors à une forme de visibilité culturelle.

La persistance des tabous n’auraient pas disparu, mais se seraient déplacés, prenant des formes plus feutrées. Il y aurait encore des femmes qui n’osent pas évoquer le sujet avec leur partenaire, des couples qui ne savent pas comment aborder la question, et des interrogations qui restent sans réponse faute d’interlocuteur jugé légitime ou bienveillant. C’est précisément sur ce terrain que Passage du Désir entend se positionner : non comme un simple distributeur de produits intimes, mais comme une marque revendiquant un rôle d’accompagnement et de banalisation du sujet.

Cette stratégie se retrouve dans le partenariat noué autour du film. L’enseigne se présente comme partenaire officiel de Pour le plaisir, un rapprochement présenté comme logique. Fondée en 2006, Passage du Désir explique vendre le Womanizer dans ses 25 boutiques avec un discours qu’elle juge proche de celui du film : bienveillant, assumé et débarrassé de la gêne. Le film devient alors, pour la marque, une forme de prolongement culturel d’un combat qu’elle dit mener depuis deux décennies pour faire du plaisir féminin un sujet visible, légitime et décomplexé.

Il faut rappeler que Passage du Désir n’a pas attendu cette sortie en salle pour occuper l’espace public sur ce terrain. Une campagne d’affichage antérieure, au slogan volontairement provocateur, avait déjà contribué à imposer le sujet dans le débat public. Avec Pour le plaisir, le changement d’échelle est cependant manifeste : ce n’est plus seulement la communication d’une enseigne qui interpelle, c’est le cinéma populaire français qui choisit de placer le plaisir féminin au coeur d’une intrigue portée par des acteurs très identifiés du grand public.

L’opération s’accompagne aussi d’un dispositif événementiel. Le 22 avril 2026, Passage du Désir doit accueillir à la boutique Pont-Neuf Michael Lenke, présenté comme l’inventeur du Womanizer, pour une soirée consacrée à l’histoire de la création de cet objet. Entre le 22 et le 26 avril, un jeu-concours en boutique permettra également de faire gagner des places pour les avant-premières parisiennes ainsi qu’un coffret de la marque. Cette dimension promotionnelle souligne combien la sortie du film s’inscrit dans une stratégie plus large mêlant culture, médiatisation et expérience de marque.

Reste que le film peut aussi être lu autrement : comme le symptôme d’une transformation des représentations du couple. Pendant longtemps, la sexualité féminine dans les récits populaires a été soit idéalisée, soit reléguée à des stéréotypes. Ici, le point de départ du scénario repose sur un manque, un aveu et une remise en question du couple lui-même. L’intime ne relève plus du détail secondaire. Il devient un sujet central, presque politique, dans la mesure où il interroge la parole, l’écoute, la réciprocité et la possibilité pour chacun d’exister pleinement dans la relation.

Avec Pour le plaisir, le cinéma français semble ainsi prendre acte d’une évolution de la société : le plaisir féminin n’est plus seulement un sujet spécialisé ou militant. Il devient matière à récit grand public. Et c’est peut-être là la véritable nouveauté du film : faire entrer dans la conversation commune un thème longtemps laissé à la périphérie, en mêlant humour, émotion et questionnement sur la vie de couple. Une manière de rappeler que, derrière l’objet, il y a surtout une parole qui cherche enfin sa place.

Elliot

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