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Philibert espère ….

Rue des Acacias; fallait-il devoir être obligé de nommer ainsi une rue pour faire plaisir à de quelconque notables puisque d’acacias, il n’y en a pas et n’y en a jamais eu…

Mais, Philibert n’en a cure…

Comme toujours, sur le trajet de retour nécessaire pour aller chercher son pain quotidien, il vitupère sur cette boulangerie tout prés de chez lui, juste en face de la porte principale de la copropriété où il réside, qui ne sait en faire que de mauvais ou du moins très éloignés de ses goûts exigeants en la matière.

Va-t-il devoir encore subir les commentaires ironiques lui faisant toujours remarquer qu’au lieu de s’y rendre en voiture pourquoi n’irait-il pas à pieds à sa boulangerie préférée ? Agissant ainsi pour le bien de tous, il ne polluerait point ? Mais Philibert le sait bien, et en fait, viser son propre embonpoint pour son propre bien, merci bien. Même son médecin le lui dit bien «  faire de l’exercice, c’est bon pour vous, votre sur-poids, votre cœur, votre état général ».

Vraiment non merci Monsieur le boulanger de vouloir involontairement participer à mon bonheur.

Mais, aujourd’hui, malgré une planète en surchauffe, dû aux effets de l’activité humaine mais aussi des guerres et autres activités destructrices, le temps est au crachin et Philibert se dit qu’il fait bien de sauvegarder au présent son intégrité physique. Et d’ailleurs, il le voit bien, aucun individu de sortie pour faire sa course quotidienne que certains n’hésitent pas à nommer « jogging », anglicisme qu’il ne voit pas pourquoi, lui étant et habitant sa chère France, il serait obligé d’employer afin de satisfaire à la mode et à la dominance actuelle Outre-atlantique.

Un signe de la main pour le voisin, commerçant en propreté, qui, de sa boutique, occupe un poste hautement stratégique pour connaître le déplacement de chacun; heureusement, tout compte fait, que nous sommes aujourd’hui et non hier…

Mais il est bien sympa ce voisin et informe bien sur le quotidien pour les nouvelles fraîches du quartier. Ainsi, au prix d’un temps supérieur à celui qui aurait pu être passé à la lecture en diagonale d’une presse toujours en retard, malgré leurs efforts journalistiques évidents, est-on branché sur sa vie de clocher.

Prendre son passe pour entrer dans son domaine collectif; nécessaire, utile et indispensable, n’est-ce pas ?Pour préserver cet espace des esprits chagrins et jaloux, oui, très certainement, qui autrement viendrait jusqu’à sa porte à lui occuper un espace si vital ? C’est du moins ce que les anciens lui ont dit pour expliquer cette forteresse. Quand à protéger des vrais délinquants… « bon pensons à autre chose et évitons de gâcher définitivement cette journée. » se dit Philibert, optimiste qui s’ignore.

C’est vrai qu’il est bon de se retrancher dans cette charmante maison si chèrement acquise; enfin pas tout à fait puisque le crédit reste encore à courir. Pouvoir déguster un verre en écoutant la radio, parfois un disque ou même son MP4 comme il le fait si souvent dans les transports en commun pour rester dans sa bulle et s’évader de cette promiscuité obligée.

Sa vie à Philibert est réglée comme une horloge peut l’être sauf lorsqu’il faut répondre au changement exigé de cette satanée idée d’horaire d’été et d’hiver; d’autant, en passant, que les dits changements n’ont lieu ni en été, ni en hiver.

Du lundi au vendredi, avec ou sans soleil, avec ou sans les intempéries, la journée commence banalement par un réveil au son du de l’objet éponyme nonchalamment posé sur ce qui sert de table de chevet juste à côté du verre d’eau au cas où; mieux vaut prévoir, ne sait-on jamais. Un tout en salle de bain pour céder à la coutume de la douche et du lavage électrisé de dents, le petit déjeuner dont le café a été préparé la veille, est avalé vite fait en écoutant les émissions habituelles de sa station radiophonique préférée.

Il n’y aura aucun changement vestimentaire, tout est prévu et la décision est prise: la météo ne se trompe jamais.

Direction les transports en commun, après une digression pressée entre deux, suivie d’une nouvelle marche pour atteindre son lieu de travail: un petit bureau placé dans un grand espace ouvert où, contrairement aux idées reçues, il lui semble moins bien respirer que dans un endroit plus confiné.

Le travail distribué, il abhorre aller le chercher dans la corbeille normalement prévue à cet effet, pressentant que son petit chef ( pas nécessairement par la taille ) justifiera alors son niveau de sa parfaite connaissance de l’organisation de la structure dans laquelle il exerce; ce qu’il ne manque jamais de faire arpentant les travées d’un pas sûr et, avec un peu de poésie ou de complaisance, aérien.

La pause, généralement prévue en milieu de matinée mais constamment détournée soit par les envies du chef justifiant ainsi son niveau de compréhension des besoin de la clientèle, soit par les petits salariés eux-même toujours prompts et vifs ( pléonasme; mais non contradictoire dans ce type d ‘établissement ) à grappiller de-ci, de-là ce que l’organisation à tenté de vous prendre sous couvert d’une productivité dont le sommet n’est jamais atteint.

A ce sujet, heureusement pour les escadrons de consultants envoyés à prix d’or et confirmant l’utilité indispensable de sabrer dans les frais généraux.

Pourtant, à chaque fois, sauf parfois quand l’une à un malaise ou l’autre une rage car il a une dent contre un(e) autre, la matinée se passe à l’identique de toutes les autres permettant ainsi la ruée quotidienne vers la le restaurant d’entreprise qui est à la gastronomie collective ce que sont les fasts food (ici l’anglicisme, tant désavoué par ailleurs, est de mise étant donné la piètre qualité de ce qui est servi ) pour la gastronomie privée.

Il est agréable d’y faire la queue, autorisant ainsi de saluer celles et ceux que l’on n’a pu rencontrer lors de son ou ses passages à la cafétéria ou à l’extérieur pour la fumette régulière.

S’ouvre alors l’après-midi propice pour se rappeler que l’heure de la sortie est plus proche que celle de l’entrée et arrivera plus vite si la discrétion amène à pousser un petit roupillon, véritable sieste ou pause parking, la flash étant uniquement réservée aux réunions.

Grâce aux horaires flexibles chacun fera en sorte de partir le plus rapidement possible, surtout Philibert prétextant une quelconque obligation familiale – il en a des tonnes en magasin – en célibataire endurci qu’il est. Mais attention au chef qui, au hasard uniquement, se choisira une victime pour l’accompagner plus en avant dans la soirée puisque sa situation hiérarchique lui commande de rester le dernier tel ce commandant de navire se rappelant à sa conscience bonne ou mauvaise.

Notre héros pourra, donc, prendre son chemin de retour et retrouver les odeurs des transports, différentes de l’aller, mais ne constatera pas si ses coreligionnaires, de tous sexes, poils et religions, auront modifié eux-mêmes leur comportement par une journée de labeur chargée ou non, puisque, par habitude, il  se réfugie se renferme, toujours sous son MP4.

Ce soir il rentrera directement en son logis puisque n’étant pas parmi les deux où il s’autorise à aller à une table de quartier.

Seul, il pourra choisir à tout loisir ses activités du soir. Il peut enfin être lui-même, n’avoir peur de personne, ne plus se fermer: regarder la télé, écouter la radio, lire un livre, surfer sur Internet…

C’est cette dernière option qu’il choisira et..comme d’habitude, à chaque fois, il tentera de tchatter  avec une correspondante loyale et sincère acceptant de croire la rencontre avec l’être de sa vie !

Philibert s’assied prés son ordinateur comme un amant sur une femme ou peut-être l’inverse.. Il appuie sur les boutons permettant à l’engin de partir et le dialogue commence. Tout d’abord une liste insipide de contacts ne lui inspirant rien, ni ce soir comme ceux précédents, mais peut-être pour un futur … Mais la visualisation des photos, lorsqu’il y en a, l’amuse: toutes plus moches les unes que les autres; en tout cas sans aucun attrait le concernant.

Des publicités intempestives arrivent, le distraient par leurs propositions de bonheur, l’extension de ce qui pourrait être vraiment sa fierté s’il pouvait en faire la démonstration, mais pour cela il lui faudrait rencontrer vraiment quelqu’un ou plutôt une charmante qui lui serait destinée. En attendant, il s’imagine les bienfaits de ces promesses, les effets sur les conquêtes d’un soir, d’une soirée, d’une nuit; stop ! Il passe à une autre fenêtre, une invitation à voir, se voir, montrer, démontrer par webcam.

Bien sûr, il a déjà tenté, même payé pour continuer: l’usage de sa carte bancaire est aisé, son compte bancaire s’en est ressenti. Des mois, il lui a fallu pour renflouer ses pertes à coup d’heures supplémentaires sous les regards ironiques de son chef et ses collègues. Pourquoi, dés lors, continuer, poursuivre, céder à cette tentation, cette envie irrésistible. Pourquoi ne pas s’arrêter juste avant qu’il ne soit trop tard, qu’il ne se retrouve dans cette spirale pourtant si prenante, si envoûtante et c’est (re)parti; advienne que pourra, Philibert se laisse aller, grisé par cette facilité.

Un message survient «  et ta web ? » « quoi, ma web qu’est-ce qu’elle a ma web, pense, un peu gêné Philibert ». Ne pas le faire, ne pas obéir, comme si la journée n’était pas suffisante pour répondre servilement oui aux ordres damnés de son chef; mais il n’est pas là, ici, ce soir, alors pourquoi ne pas se rebeller, dire non une bonne fois pour toute ?

Philibert ne sait pas, il allume et l’autre fait de même.

Non, ce n’est pas possible, ce n’est pas pour moi, pense-t-il tout haut; peut importe qui pourrait-il gêner à cette heure maintenant tardive ? Certainement pas ses voisins les plus immédiats dont les coups dans le mur, les cris font penser qu’ils ont d’autres préoccupations.

Et si pourtant à l’écran devant lui, lui souri une charmante comme il n’aurait pu imaginer avant. Une qui semble toute fraîche, ayant l’air d’être comme lui tout aussi surpris de se retrouver là sans aucun autre avertissement que le hasard, la consultation aléatoire des pseudos et autres avatars.

Mais cela c’était avant. Depuis est passé ce foutu virus appelé Covid19 pour mieux se rappeler cet enfer passé destiné à se poursuivre dans un futur non calculé. Est-ce que tout se fera vraiment différemment ? Chef illuminé, premier de cordée, suivi par le premier collaborateur présumé, tu l’a juré, promis, craché. Vas-tu aller tout de travers sur le chemin de l’enfer pavé de nos bonnes intentions ?

Jean-Claude Barousse

Photographe autodidacte, sans renier son passé “argentique” il a immédiatement pris le “virage numérique” et s’exprime principalement au travers ses images de paysages naturels et urbains. Il publie des articles et tutos dans des revues photographiques notamment les éditions Oracom et pour le compte de RiskAssur. Réalise des chroniques dans un site forum “Photophiles.com” et aide les membres de son forum “PhotoClub” à progresser dans leur pratique photographique. A la demande, il expose ses photographies originales individuellement ou lors de manifestations collectives et donne des cours sur les prise de vue et le développement numérique. Est membre de diverses association d’artistes picturaux”

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