Poésie

Le survol de l’aigrette

Un corbeau amoureux d’une aigrette se lamentait, ” je suis prisonnier du romantisme des hommes et n’y puis rien”, cette pureté blanche n’a que faire de moi qui suis noir, elle ne me regarde même pas d’ailleurs, son individualisme m’exaspère, une bêtise je le sais, mais c’est plus fort que moi, je ne sais pas ce qu’elle pense, ses aspirations, ses projets, elle possède un mystère qui me ronge, tous mes frères de noirceur se moquent de moi et ils ont raison, tant pis, je suis pris.

Je l’observe parfois à travers quelques joncs frémissants, elle ne sait même pas que j’existe, son regard figé me fascine, lorsque le vent s’engouffre légèrement dans ses plumes, fines comme l’écriture d’un ange, la blancheur de son âme m’apparaît alors, cela me rend fou d’amour, j’aimerais voler vers elle mais elle en moi depuis toujours, quelle beauté.

Après l’avoir scruté, dépecée du regard, m’être agité pour me faire remarquer, elle s’envole me laissant vide de sa présence, elle devient une vapeur spectrale sans nom, le néant s’empare de moi, le désespoir m’investit et je suis prêt au pire pour oublier que je suis en vie, la mort, cette amie sinistre joue les jeunes filles pour me séduire, m’emmène dans les marigots puants à la recherche de l’aigrette invisible qui blanchira mon âme.

Le petit matin pâle sur les landes fumantes me trouve abasourdi par une nuit de folie spirituelle, les ailes souillées, les pattes envasées, le bec cassé, de quelle compassion est t’elle capable devant cette souffrance?, même devant tant d’indifférence je ne puis que l’aimer, peut- être agit t’elle dans le secret de sa resserve naturelle, peut-être a t’elle perçu à mon encontre une absence de besoin?, Pense t’elle que je n’ai que des besoins créés par mon ego? Voilà ce qu’elle pense : “je ne suis pas libre!”, Ne suis régit régit que par mes émotions, elles me tiennent et s’amusent de moi, il me faut travailler à gagner ma liberté…mais…je suis un corbeau et les corbeaux sont libres…ah si j’étais blanc…cela changerait la face des choses…

J’y vais! Il faut que j’attire son attention, je lui parle même, au moins qu’elle porte le regard sur moi…”MOI”,”MOI”,”MOI”; encore cet ego qui n’en finit plus de me poursuivre, m’empêche d’accéder à la blancheur de mon aigrette…Sur le chemin, je ne puis m’empêcher de penser à elle et de rêver à notre union, songe insensé…donnez-moi de la chaux  pour y tremper mon corps et mon âme…que dois-je faire de mon esprit?, Des calculs bien encombrants pour un amour cosmique, il ne doit subir de transformation, c’est une abdication totale, je dois me soumettre à ses dimensions, combien de “temps” me faudra t’il pour trouver les mesures?

Serait-ce de nouveau cette gigogne qui m’appelle dans son for intérieur, oui! C’est t’elle!, Son cri résonne dans chaque poupée..

Dominique Bar

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Dominique Bar

Mon ego ne parle qu'à moi... CITATIONS FAVORITES Le destin, c’est le nom que nous donnons à la combinaison infinie et ininterrompue de milliers de causes emmêlées. Jorge Luis BORGES. À quoi reconnaît-on alors le véritable artiste? « L’artiste est son meilleur critique. S’il dialogue avec son œuvre, c’est un artiste ; s’il dialogue avec le public, c’est probablement un imposteur. ». Ernst Gombrich

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