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Le secret du verbe

La période est à la transition, il ne trouve plus rien. Il se perd dans la relecture de ses favoris qui ont annihilé toute forme de nouveauté.

D’un univers Stendhalien il passe au récit de la terre. D’un synthétisme littéraire sur quelques oeuvres connues à des essais ou des biographies.

Des nouvelles aux polards anciens et modernes voire métaphysiques. Les schémas semblent établis…

Après l’évocation du voyage de la pensée universelle, la pensée créatrice voyage et subsiste à travers le temps qui, pour elle, n’existe pas.

Continuer à chercher pour que le verbe et la chaire se rejoignent.

Il faut chercher. Les livres sont les moteurs de la pensée, les édificateurs de la conscience… Chercher et savoir : « quelques livres sont écrits pour que la pensée s’en mêle… » La connaissance de ses subtils instants dans la quête d’un livre est là. Les écrits arrivent toujours au bon moment… Il le sait pour en avoir déjà fait l’expérience. Il faut continuer à fréquenter les librairies, les bibliothèques et les bouquinistes jusqu’à la fin… Trouver le verbe pour que la chaire soit et réside.

Lors de la recherche, les premiers instants se liquéfient sans brutalité dans un halo de prospection. Le seul but est l’assouvissement d’une frustration de création. Le besoin irrépressible de chercher, et selon une délicieuse impression : Devoir trouvé l’oeuvre, qui détient : « Le secret du verbe », celui qui anime la pensée dans un subtil agencement et rassasie l’âme comme une extension instantanée et infinie. C’est le préambule, puis la mise en marche se déplace vers les lieux où l’énergie des mots se concentre en un appel incessant. C’est une rencontre à petite vitesse avec le “temps” cet incontournable élément de la lecture.

La mise en place de l’ouverture présente son marchepied au voyageur spirituel pour le trajet sans fin au coeur de la signification. Un être à la recherche d’une oeuvre. Puis l’arrivée dans cet antre de la métaphysique où tous les livres attendent tels des appâts.

L’odeur du papier s’infiltre. Les pages sifflent d’un crissement effrayé quand les doigts ressentent la vieille douceur du Velin. Les tranches s’offrent et ces curieux objets sont prêts à être feuilletés. Le lecteur le sait, il n’est plus un être humain, il est devenu une entité indéfinissable. Le mystère qui l’entoure à l’entrée de la librairie, n’étonne jamais le maître de l’office. Il n’est jamais qu’un lien entre la force des écritures et le lecteur innocent, souvent inconscient. Il est en rapport avec sa future lecture, dans son inconscience, au moment où il s’en approche il le sait…

Les traces de son destin se démènent pour lui donner des signes sur un temps qui ne lui appartient pas encore. Donc, dans la place, il ignore qu’il est à la recherche d’une oeuvre qui fut écrite dans le même registre temporel et qui appartient à son essence. Lorsqu’il s’empare de la composition, il la reconnaît. L’intimité de l’écriture est proche de la sienne. L’identité des intervenants n’a guère d’importance. Ils sont les frères et les soeurs de l’invisible puisque la rencontre a déjà eu lieu. Où et quand ? Peu importe, l’espace et le temps ignorent les pendules du contrôle.

Tous les livres sont posés à plat, parfois ils se sont érigés pour atteindre la tranche. Ils reçoivent le rayonnement qui s’approche.

L’énergie se répand. L’alchimie accueille cette influence pour opérer la féconde connexion.

Sa main saisit l’oeuvre, du créateur qu’il ne connait pas et qu’il ne connaitra jamais : “L’assembleur innocent des mots choisis”, il a offert son oeuvre à la lecture séminale pour que sa création enfante d’autres naissances, engendre les ramifications de la grande arborescence.

Alors le chercheur, ayant pris charge de l’écrit, l’honore telle une grande oeuvre votive. Personne ne sait comment l’écrivain se mit à l’ouvrage. La force qui anima sa pensée connaît et ignore sa propre puissance.

Il est devenu ce qu’il avait créé : “La quintessence issue de l’assemblage des mots”…

Il a écrit ce livre comme un lecteur aveugle parcourant ces feuilles sans apercevoir l’ombre d’un mot, le soupçon d’une influence.

Le livre sert d’antenne, ces pages blanches ouvrent l’univers inquiet de celui qui a encore besoin des mots. Après en avoir tracé une multitude aux assemblages divers, aux significations multiples. Avoir façonné la création de petites pensées accumulées, empilées et compressées. Il sera plein et vide à la fois, ultime paradoxe du rassemblement de soi.

Un écho particulier résonne au coeur de son intériorité, l’étendue de ses vibrations, dans le cosmique infini, présente la fenêtre vierge, l’ouvre pour qu’elle se dévoile. Derrière, encore le rideau. Lourde tenture aux allures invincibles, chapée de plomb vers le bas, s’écarte. Un pan à gauche, un pan à droite… la lumière apparaît.

Il perçoit le roman de son au-delà. L’histoire conjuguée de son passé, son présent et le futur qui l’attend depuis “long temps”. Il a beau tourner les pages, son étendue de vie lui apparaît, sans mot, sans signification, dépourvu de sens et même de direction. La lumière des pages blanchit son âme comme un joyau confié au temps jusqu’à cet instant à la recherche de la lecture d’un livre qui est écrit en lui.

Dominique Bar

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À propos Dominique Bar

Mon ego ne parle qu'à moi... CITATIONS FAVORITES Le destin, c’est le nom que nous donnons à la combinaison infinie et ininterrompue de milliers de causes emmêlées. Jorge Luis BORGES. À quoi reconnaît-on alors le véritable artiste? « L’artiste est son meilleur critique. S’il dialogue avec son œuvre, c’est un artiste ; s’il dialogue avec le public, c’est probablement un imposteur. ». Ernst Gombrich

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