Santé des Français : entre optimisme affiché et réalité contrastée
Une perception globalement positive… mais nuancée
Le baromètre réalisé en décembre 2024 par CSA pour Roche dresse un panorama complet de l’état de santé ressenti par les Français. En première lecture, le constat semble rassurant : 71 % des personnes interrogées estiment être en bonne santé, un sentiment largement partagé chez les moins de 35 ans (81 %) et les CSP+ (80 %).
Même tendance concernant la santé physique (74 % de jugements positifs) et mentale (76 %), bien que cette dernière révèle une vulnérabilité particulière chez les 18-24 ans et les aidants familiaux, deux groupes plus nombreux à juger leur santé mentale « moyenne » ou « mauvaise ».
Activité physique et alimentation : les bons élèves
Côté habitudes de vie, 76 % des Français déclarent pratiquer une activité physique au moins une fois par semaine, un chiffre porté par les hommes, les jeunes et les habitants de l’agglomération parisienne. En revanche, les femmes, les malades chroniques et les personnes en milieu rural sont nettement moins actives.
Concernant l’alimentation, 79 % jugent leur régime plutôt équilibré. Là encore, des disparités apparaissent : les CSP+ et les plus de 50 ans s’en sortent mieux, tandis que les jeunes, les isolés et les CSP- peinent davantage à maintenir une hygiène de vie saine.
Des soins réguliers mais des lacunes en prévention
83 % des Français ont consulté leur médecin généraliste en 2024, avec des pics atteignant 93 % en Bourgogne-Franche-Comté et 90 % chez les 50 ans et plus. Les visites chez le dentiste (64 %), le gynécologue (51 % des femmes) ou l’ophtalmologue (47 %) restent fréquentes. Pourtant, les bilans de santé ou examens spécialisés sont moins systématiques :
-
seuls 39 % ont consulté un cardiologue,
-
20 % un dermatologue,
-
14 % un ORL,
-
et seulement 9 % un nutritionniste.
En matière d’examens médicaux au cours des deux dernières années, le trio de tête revient à la prise de sang (70 %), le contrôle de la tension (70 %) et l’examen dentaire (60 %). Mais certains examens essentiels comme la spirométrie ou le dépistage des IST/MST restent très minoritaires (14 % ou moins).
Dépistage des cancers : l’enjeu de la sensibilisation
Les taux de dépistage des cancers restent disparates :
-
68 % des femmes ont effectué un dépistage du cancer du sein,
-
52 % un frottis pour le cancer du col de l’utérus,
-
54 % des plus de 50 ans ont fait un dépistage du cancer colorectal.
Mais l’enquête révèle que près de la moitié des personnes concernées ne se sentent pas concernées par ces dépistages ou invoquent un manque de temps. Ce décalage entre les discours de prévention et la perception individuelle du risque est particulièrement préoccupant chez les plus jeunes.
Le renoncement aux soins : un marqueur d’inégalités
34 % des Français ont déjà renoncé à des soins ces cinq dernières années. Les raisons sont multiples :
-
financières (40 %),
-
délais trop longs (35 %),
-
manque de professionnels de santé (36 %).
Les plus concernés sont les aidants familiaux (55 %), les moins de 35 ans (47 %) et les CSP- (45 %). Ce renoncement devient un symptôme d’un système de santé perçu comme inégalitaire, notamment dans les zones rurales et certains territoires comme le Centre-Val-de-Loire (45 %) ou la Nouvelle-Aquitaine (42 %).
Maladies chroniques : une prévalence forte, en hausse chez les jeunes
35 % des Français déclarent souffrir d’une maladie chronique, avec des pics à 52 % chez les 65 ans et plus. Les pathologies les plus fréquentes sont :
-
les maladies cardio-neurovasculaires (30 %),
-
le diabète (22 %),
-
les maladies respiratoires chroniques (19 %).
Fait marquant : un jeune de moins de 35 ans sur quatre évoque une maladie psychiatrique, ce qui reflète une fragilité croissante de la santé mentale chez les nouvelles générations.
Addictions et arrêts maladie : des comportements à surveiller
-
24 % des Français consomment de l’alcool quotidiennement,
-
24 % sont fumeurs,
-
26 % des actifs ont eu au moins un arrêt maladie en 2024,
notamment chez les jeunes actifs et les personnes souffrant d’une pathologie chronique.
Ces chiffres révèlent l’installation de comportements à risque ou le poids d’un mal-être plus ou moins identifié.
Une santé perçue, mais pas toujours maîtrisée
L’état de santé des Français en 2025 semble a priori satisfaisant… mais l’analyse détaillée révèle des zones d’ombre préoccupantes : manque de prévention, inégalités d’accès aux soins, maladies chroniques sous-estimées, santé mentale des jeunes fragilisée.
Ce baromètre agit comme un révélateur : il ne suffit pas de se sentir en bonne santé pour l’être réellement. Il plaide pour une politique de santé publique plus proactive, ciblée sur les jeunes, les aidants, les CSP- et les territoires sous-dotés. Sans cela, le système de santé français risque de voir croître une fracture silencieuse entre perception et réalité.
