Les moins de 35 ans réinventent la recherche d’information en ligne
Pendant plus de vingt ans, chercher une information sur Internet a souvent signifié ouvrir un moteur de recherche, taper quelques mots-clés, parcourir une page de résultats, puis cliquer sur le lien jugé le plus pertinent. Cette habitude, longtemps dominée par Google, n’a pas disparu. Mais elle n’est plus exclusive. Chez les moins de 35 ans, les usages évoluent vite, au point de faire émerger une nouvelle manière de s’informer, plus fragmentée, plus visuelle, plus conversationnelle et davantage guidée par l’intelligence artificielle.
Selon l’Observatoire des usages de la recherche en ligne réalisé par Eskimoz avec Ipsos, les jeunes adultes adoptent désormais une logique de recherche hybride. Ils continuent à utiliser les moteurs de recherche traditionnels, mais les combinent avec d’autres outils devenus familiers : IA génératives, réseaux sociaux, plateformes vidéo, recherche par image ou encore agents intelligents capables d’exécuter certaines tâches. Le changement n’est donc pas seulement technologique. Il révèle une transformation profonde des réflexes numériques.
L’intelligence artificielle générative s’installe particulièrement vite dans les usages des 18-34 ans. D’après l’étude, 88 % d’entre eux déclarent connaître ces outils, contre 77 % des 55-75 ans. Surtout, près d’un jeune sur trois, soit 34 %, indique utiliser une IA générative tous les jours. À titre de comparaison, cette proportion tombe à 15 % chez les plus de 55 ans. L’IA n’est donc plus seulement un objet de curiosité ou un outil réservé aux professionnels du numérique. Elle devient, pour une partie importante des jeunes adultes, un réflexe quotidien.
Cette adoption change la manière de formuler une recherche. Là où le moteur classique impose souvent une suite de mots-clés, l’IA permet de poser une question complète, de demander une synthèse, de comparer des options ou d’obtenir une réponse contextualisée. Pour une génération habituée aux interfaces fluides et aux réponses immédiates, cette logique conversationnelle s’intègre naturellement dans les pratiques d’information.
L’étude montre ainsi que 28 % des 18-34 ans utilisent déjà une IA lorsqu’ils cherchent une information, contre 20 % en moyenne dans l’ensemble de la population. Pour comparer des produits ou des services, ils sont 26 % à s’appuyer sur l’intelligence artificielle comme outil d’aide à la décision. Cette évolution concerne donc aussi bien la recherche de connaissances que les comportements de consommation.
Les réseaux sociaux occupent également une place croissante dans ce nouvel écosystème de recherche. Chez les jeunes, ils ne servent plus seulement à publier, commenter ou suivre des proches. Ils deviennent des moteurs de recherche à part entière. L’étude indique que 33 % des moins de 35 ans les utilisent pour rechercher des informations, contre seulement 8 % des seniors. Cette différence générationnelle est particulièrement révélatrice.
TikTok, Instagram ou YouTube sont devenus des portes d’entrée vers des tutoriels, des avis, des démonstrations, des recommandations, des retours d’expérience ou des découvertes de produits. La recherche s’y fait souvent par l’image, la vidéo, le témoignage ou la recommandation sociale. Elle est moins linéaire qu’une recherche traditionnelle et davantage liée à la confiance accordée à un créateur, à une communauté ou à une expérience vécue.
Cette évolution ne signifie pas que les jeunes abandonnent les moteurs de recherche classiques. Au contraire, ceux-ci restent très présents dans leurs pratiques. Les moteurs de recherche sont encore utilisés chaque semaine par 96 % des moins de 35 ans. Google et ses concurrents demeurent donc des outils centraux. Mais ils ne sont plus les seuls passages obligés. Leur rôle change : ils deviennent une porte d’entrée parmi d’autres, mobilisée selon le type de besoin.
Le véritable enseignement de l’étude tient à cette diversification. Pour une recherche factuelle, un jeune internaute peut encore passer par un moteur traditionnel. Pour un avis produit, il peut consulter une vidéo. Pour une comparaison rapide, il peut interroger une IA. Pour une inspiration de voyage, il peut explorer Instagram ou TikTok. Pour identifier un objet, une tenue ou un lieu, il peut recourir à la recherche visuelle.
Cette dernière pratique progresse elle aussi. Parmi les 18-34 ans, 28 % déclarent utiliser la recherche visuelle, par photo ou capture d’écran. Ce chiffre traduit l’importance croissante de l’image dans les usages numériques. La recherche ne part plus nécessairement d’un texte. Elle peut commencer par une photo, un objet aperçu dans une vidéo, une capture d’écran ou un élément visuel difficile à décrire précisément.
Autre signal intéressant : 14 % des jeunes déclarent avoir déjà confié une tâche à un agent IA. Même si cet usage reste encore moins massif que celui des moteurs ou des réseaux sociaux, il indique une évolution vers des outils capables non seulement de répondre, mais aussi d’agir. La recherche d’information pourrait ainsi devenir, dans certains cas, une étape intégrée dans une chaîne plus large : trouver, comparer, réserver, organiser, rédiger ou recommander.
L’avenir semble confirmer cette trajectoire. Lorsqu’ils sont interrogés sur leurs usages futurs, 67 % des 18-34 ans déclarent vouloir utiliser davantage les IA génératives. Ce score dépasse celui des moteurs de recherche traditionnels, cités par 52 % d’entre eux. L’écart ne signifie pas que les moteurs vont disparaître, mais il confirme que l’IA dispose d’un fort potentiel de progression dans les habitudes de recherche.
Pour les marques, les médias, les entreprises et les créateurs de contenus, cette mutation est loin d’être anodine. Être visible sur un moteur de recherche classique ne suffit plus toujours. L’information circule désormais dans un environnement éclaté, où la visibilité se construit aussi sur les réseaux sociaux, dans les vidéos, dans les réponses générées par l’IA, dans les contenus structurés et dans les recommandations. La recherche devient moins centralisée, plus distribuée, plus contextuelle.
Cette transformation oblige également à repenser la qualité de l’information. La multiplication des points d’entrée peut enrichir l’accès au savoir, mais elle peut aussi accroître les risques de confusion, de dépendance à des recommandations opaques ou de diffusion d’informations approximatives. Les jeunes adultes développent de nouveaux réflexes, mais ces réflexes doivent s’accompagner d’un regard critique sur les sources, les algorithmes, les biais et les contenus générés automatiquement.
Pour Jérémy Lacoste, directeur général France d’Eskimoz, les moins de 35 ans sont les premiers à adopter cette logique de recherche hybride. Ils continuent d’utiliser Google, mais l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo font désormais partie intégrante de leurs pratiques. La recherche n’est plus associée à une seule plateforme.
Ce basculement ne marque donc pas la fin des moteurs de recherche. Il marque plutôt la fin d’un modèle unique. Les jeunes internautes ne cherchent plus seulement une page web. Ils cherchent une réponse, une démonstration, une comparaison, une recommandation ou une expérience. Et pour cela, ils choisissent l’outil qui leur paraît le plus rapide, le plus parlant ou le plus adapté au moment.
La recherche en ligne entre ainsi dans une nouvelle phase. Elle devient plurielle, conversationnelle, visuelle et sociale. Les moins de 35 ans en sont les premiers accélérateurs. Pour l’ensemble des acteurs du numérique, c’est un signal clair : l’accès à l’information ne se joue plus uniquement dans les résultats d’un moteur, mais dans un écosystème beaucoup plus large, où l’IA et les plateformes sociales occupent une place de plus en plus décisive.



