Idées

La cathédrale Notre-Dame de Paris et son mobilier : état des lieux

Le Préfet de la Région Ile de France et l’ARS font le point de la situation 6 mois après l’incendie qui a ravagé la Cathédrale Notre-Dame de Paris.

Dès le soir de l’incendie, les équipes de la DRAC Île-de-France étaient sur place, pour guider les pompiers durant leur intervention, identifier et mettre à l’abri les 1 300 oeuvres de la cathédrale – notamment le Trésor et les Saintes-Reliques – et procéder aux premières mesures d’urgence.

Au lendemain de l’incendie, à la demande de la DRAC, un premier état des lieux a été dressé par le maître d’oeuvre (architecte en chef des monuments historiques) à l’occasion d’une visite de la cathédrale menée avec les pompiers. Cet état des lieux a permis d’identifier les interventions à conduire immédiatement pour réaliser les sécurisations de première urgence et stopper toute dégradation supplémentaire.

« Cet incendie a ému tous les Français, attachés à ce symbole de l’histoire nationale. Après la maîtrise de l’incendie par les sapeurs-pompiers de Paris et la sécurisation des lieux par la préfecture de Police, les services de l’Etat se sont mis en ordre de marche pour garantir la sauvegarde de l’inestimable patrimoine que constitue la cathédrale et son mobilier, et pour s’assurer de la protection des populations. Sous l’autorité du préfet de région, la DRAC Île-de-France a mené les premiers travaux d’urgence, et a mis en place, en lien avec l’inspection du travail, les conditions de sécurité nécessaires des ouvriers du chantier, qui ont été renforcées à partir d’août 2019 avec la montée en charge des travaux. En parallèle, l’Agence régionale de santé Ile-de-France (ARS) prenait en charge la question sanitaire liée aux retombées du plomb de la cathédrale, en mobilisant l’ensemble des acteurs de santé publique compétents pour évaluer l’impact sanitaire de l’incendie et garantir la protection des populations. » Michel Cadot (Préfet de la région Ile-de-France) et Aurélien Rousseau (Directeur général de l’ARS)

La cathédrale

L’incendie du 15 avril a détruit une partie des voûtes, la charpente, la couverture et la flèche de la cathédrale Notre-Dame. L’état des lieux réalisé à la demande de la DRAC Île-de-France dès le 16 avril a permis d’établir le programme des travaux à mener en urgence impérieuse. Le rapport des opérations de sécurisation et de consolidation de l’édifice et une première évaluation sanitaire de l’ensemble du monument ont été présentés à la Commission nationale de l’architecture et du patrimoine le 4 juillet 2019. Le monument figurant au coeur du bien UNESCO « Paris, rives de Seine », l’objectif est de pouvoir préciser cet état sanitaire d’ici au mois de novembre 2019, en vue d’informer le comité du patrimoine mondial sur l’état de conservation de l’édifice.

Les voûtes hautes

Les voûtes hautes ont été très profondément touchées par l’incendie. Plusieurs parties ont été détruites. Toutefois, tous les effondrements de voûte ont été causés par un choc consécutif à la chute d’éléments de charpente, et non par les effets du feu qui aurait fragilisé davantage une partie du voûtement. L’ébranlement des parties adjacentes aux parties effondrées et l’effet réel du feu, font peser une menace sur la stabilité réelle du voûtement.

Le 25 juillet, deux blocs de pierre sont tombés sur les filets tendus de la nef, provenant du trou résultant de la chute de l’extrémité haute de la flèche et plus précisément par la corbeille métallique qui précédait la grande croix sommitale.

Les structures encore instables de la cathédrale et de l’échafaudage incendié font l’objet d’une surveillance continue. Ainsi, la position des voûtains et des éléments de bois calcinés à la croisée du transept sont contrôlés par laser-mètres. Des fissuromètres permettent de mesurer les éventuelles évolutions des désordres des murs gouttereaux. L’échafaudage sinistré a été équipé de capteurs de micromouvements et d’inclinaison. Des seuils d’alerte et des procédures d’évacuation sont associés aux variations détectées par ces capteurs.

Le pignon du bras nord du transept

Le pignon du bras nord du transept a été particulièrement ébranlé par l’incendie et notamment par la chute des éléments de charpente. Outre, le témoignage de personnes l’ayant vu basculer vers la rue avant de se rétablir, des fissures horizontales et verticales parcourent le pignon attestant bien d’un mouvement de basculement. De même, les pierres constituant la rose du pignon sont complètement rubéfiées et écaillées, des morceaux risquant de tomber sur la chaussée. Les maçonneries au revers du pignon le sont également.

Le pignon du bras sud du transept

A l’instar de ce qui a été constaté au nord, le pignon du croisillon sud du transept présente des désordres similaires, avec toutefois des risques bien plus grands d’effondrement de la voûte qu’il domine.

Le pignon ouest

Le pignon ouest, situé entre les deux tours, a été fragilisé et rubéfié sur ses deux faces. Les rampants sont éclatés et ruinés, et la statue de l’ange, qui a été déposée, était fendue sur toute sa hauteur.

L’angle nord-est de la tour sud – galerie des chimères

L’angle de la tour sud a été particulièrement touché par les flammes, l’orientation des vents ayant concentré les flammes sur les pierres qui ont été rubéfiées et toute sculpture saillante (crochets, moulurations, etc.) a été comme rabotée. La toiture adossée de la première travée des tribunes sud de la nef, donnant l’accès aux toitures de ces mêmes tribunes, a reçu des morceaux de pierre provenant de la galerie des chimères, occasionnant des percements ponctuels.

Le beffroi de la tour nord

La tour nord a également été touchée par l’incendie qui a ponctuellement atteint les charpentes du beffroi. Celui-ci abrite 8 cloches, mises en place en 2013 lors du 850e anniversaire de la cathédrale. Les flammes ont attaqué l’angle sud-est du beffroi depuis le niveau de la galerie des chimères. Quelques poutres ont été calcinées, mais leur section n’a pas permis d’être affaiblies au point de menacer la stabilité de la charpente. Néanmoins, l’appui d’un mouton de l’une des cloches doit être surveillé et l’escalier qui mène au second niveau de cloches est brûlé et fragile.

Les grandes orgues

Abritées par leur voûte, elle-même couverte par une toiture en dalles de pierre, et situées entre les deux tours, la tribune et les grandes orgues ont été épargnées tant par le feu que par l’eau. Pour autant, les trous béants des voûtes, l’atmosphère humide succédant à la chaleur du feu, et surtout la poussière chargée de plomb a complètement envahi l’instrument et son environnement. Les tuyaux de montre, le buffet, les sculptures, le plancher, la console, les bancs, les chapiteaux, les voûtes et les murs sont recouverts de ce même dépôt.

Les vitraux

L’incendie aura épargné la totalité des vitraux, en particulier ceux des deux roses des croisillons nord et sud, du XIIIe siècle, proches des flammes, alors que la rose occidentale a été protégée par la toiture en dalles de pierre qui couvre la voûte au-dessus de l’orgue. Dans un objectif de conservation et pour répondre à des questions pratiques de chantier, la totalité des vitraux des parties hautes du choeur et de la nef a été déposée et stockée chez des maîtres-verriers.

Les gravats au sol

A la suite de l’effondrement d’une partie des voûtes, 3 tas de gravois se sont formés sur le sol de la nef, de la croisée et du bras nord du transept. Ils étaient constitués par couches successives de pierres et moellons provenant des voûtes, des bois calcinés provenant essentiellement de la flèche et de son tabouret, et des pièces métalliques qui constituaient les crêtes de faîtage, les armatures de la flèche et les fourches supportant les statues de cuivre de la croisée déposées quelques jours avant le sinistre. Environ 80 % des décombres présents à l’intérieur de la cathédrale ont, à ce jour, été évacués, triés et conservés.

L’échafaudage de la flèche

L’échafaudage nécessaire à la restauration de la flèche de la croisée a été sinistré par l’incendie. Il avait été exigé qu’il ne prenne pas appui sur la charpente et sur la flèche, d’où sa résistance à l’effondrement de la flèche. La partie ouest, ayant subi l’effondrement et le basculement de la flèche, présente un affaissement en son centre, partie la moins dense en tubes. La partie centrale est également légèrement affaissée du fait de l’extrême chaleur dégagée par l’importante quantité des bois du tabouret et de la partie inférieure de la flèche.

Plusieurs capteurs ont été installés sur l’échafaudage afin de mesurer ses mouvements éventuels, les analyser et lancer des alertes le cas échéant.

  1. Les objets mobiliers

La DRAC Île-de-France est affectataire, pour le compte de l’État, de l’ensemble des objets et des oeuvres abrités dans la cathédrale Notre-Dame, qu’ils soient protégés ou non parmi les monuments historiques. A ce titre, leur entretien, leur conservation, leur restauration et leur valorisation incombent à la DRAC.

Le trésor

Les objets de trésor ont été évacués entre les 15 et 19 avril 2019. Ils ont été transportés au Louvre et sont conservés dans les réserves, y compris les reliques de la Passion, Couronnes d’épines, bois de la croix et clou. Les objets sont laissés à la libre disposition du clergé pour leur usage cultuel. Tous les objets sont en bon état.

Sont restés dans le trésor tous les ornements liturgiques conservés à l’abri dans les chapiers. Ils sont régulièrement examinés afin de prévenir tout risque d’infestations ou de moisissures. Le chauffage sera rétabli prochainement dans cette zone afin de garantir une conservation optimale pendant l’hiver. D’autres objets moins importants ont été entreposés dans les salles et vitrines du trésor qui est sous alarme.

Les tableaux

Deux ont été évacués vers le Louvre en même temps que le trésor. Ils avaient été décrochés le soir même de l’incendie. Quatre autres sont venus les rejoindre. Dix-sept tableaux ont été transportés dans des réserves spécialisées. Ils ont été dépoussiérés face et revers et ont bénéficié chacun d’un constat d’état. Ils seront tous restaurés afin de bénéficier de leur dépose.

Quatre tableaux restent en place dans la cathédrale, l’un dans la tour sud car non menacé. Deux sont accrochés dans le bras du transept nord et restent inaccessibles. Le quatrième dans la chapelle Saint-Guillaume, ne peut sortir que par la porte centrale en traversant des zones interdites. Il est procédé à un examen visuel régulier des tableaux. D’autres tableaux sont également présents dans la sacristie et n’ont subi aucun dégât.

Les sculptures

La Vierge à l’enfant du XIVe siècle située à la croisée du transept a été transportée à l’église Saint-Germain-L’Auxerrois comme symbole de Notre-Dame de Paris, toutes les activités de la cathédrale y ayant été transférées.

Le « Voeu de Louis XIII » dans le choeur est protégé par une structure d’échafaudage en plus des filets pour limiter les impacts dus à des chutes de pierre possibles.

Les tapis

Les trois tapis de la cathédrale ont été transportés dans les réserves du Mobilier national. Deux avaient déjà été restaurés et sont en bon état. Le troisième, celui de Charles X, était très légèrement humide car protégé pendant l’incendie. Il a été traité contre les mites et attend une restauration.

Les stalles et la chaire

Les stalles sont désormais protégées par une structure afin de permettre en toute sécurité un accès. En effet il est nécessaire d’ôter les planchers afin de ventiler le soubassement. Un examen scientifique pourra aussi être réalisé.

La chaire, à l’aspect noirâtre, reste inaccessible. Elle n’a donc pu être encore inspectée.

Le grand orgue

Il fait l’objet d’une surveillance attentive et la réflexion se poursuit sur une intervention intégrant son dépoussiérage, en tenant compte de la présence de plomb.

Enfin, des éléments mobiliers restent stockés dans les tribunes (ils y étaient avant l’incendie) et font également l’objet d’une surveillance attentive : luminaires, chandeliers, vitraux, éléments lapidaires.

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