Une criminalité organisée qui défie l’action publique
Alors que les dérives liées au trafic de tabac gagnent l’ensemble du territoire, des grandes métropoles aux communes rurales, le constat est désormais partagé par les responsables politiques nationaux et locaux : il ne s’agit plus d’une fraude marginale, mais d’une criminalité organisée, structurée, transnationale et profondément enracinée dans l’économie souterraine. Pourtant, face à l’ampleur du phénomène, les réponses législatives et opérationnelles apparaissent encore insuffisantes. (rappel : fumer nuit gravement à la santé)
Une reconnaissance officielle d’un phénomène structuré
Dès 2022, Gabriel Attal affirmait vouloir « punir les trafiquants de tabac comme ceux des stupéfiants ». Plus récemment, dans le cadre du projet de loi sur la police municipale, Laurent Nunez a confirmé que le trafic de tabac est aujourd’hui « organisé comme le trafic de stupéfiants dans notre pays ».
Ces déclarations traduisent une prise de conscience au plus haut niveau de l’État. Le trafic de tabac n’est plus perçu comme une simple atteinte aux recettes fiscales ou une concurrence déloyale pour les buralistes. Il s’inscrit dans des circuits criminels internationaux, alimentant d’autres activités illicites, pouvant aller jusqu’au financement de réseaux liés au terrorisme.
Pourtant, malgré cette reconnaissance explicite, le Gouvernement a défendu l’exclusion du trafic de tabac du champ de compétences élargi de la police municipale. Une décision qui interroge, alors même que cette forme de criminalité affecte directement la sécurité quotidienne et l’équilibre économique local.
Les commerces de façade, vitrine d’une économie parallèle
Sur le terrain, les élus locaux sont confrontés à une réalité concrète : la prolifération de commerces dits « de façade ». Barbershops, épiceries de nuit, restaurants éphémères ou structures commerciales à durée de vie très courte se multiplient dans de nombreuses communes.
Derrière ces devantures parfois anodines, se cache fréquemment un système de blanchiment d’argent issu des trafics. Ces établissements servent de support juridique et financier à une économie parallèle difficile à tracer.
La sénatrice Nathalie Goulet résume ainsi l’enjeu : « Si vous voulez lutter contre le blanchiment, il faut combattre les entreprises éphémères, cheval de Troie de la criminalité. »
Les arrêtés municipaux se succèdent pour tenter de contenir cette expansion, mais les maires disposent d’outils limités face à des montages juridiques complexes et à des réseaux organisés bien au-delà de leur territoire.
Des polices municipales en première ligne
Depuis 2012, les effectifs de la police municipale ont progressé de 45 %, atteignant aujourd’hui environ 28 000 agents. Cette montée en puissance traduit une évolution majeure : la sécurité de proximité repose de plus en plus sur les communes.
Les policiers municipaux sont souvent les premiers à constater la présence de trafics, à repérer les commerces suspects ou à intervenir sur des troubles liés à ces activités. Ils constituent le dernier maillon essentiel de la chaîne de sécurité locale.
Pourtant, leur action demeure entravée par plusieurs obstacles structurels :
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Une architecture juridique inadaptée à l’évolution des formes de criminalité
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Un manque de personnels d’encadrement qualifiés
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Un accès limité aux fichiers et outils nécessaires à l’identification des réseaux
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Une coordination encore perfectible entre l’État et les collectivités
Ce décalage entre la responsabilité croissante confiée aux communes et les moyens réellement mobilisables crée une tension persistante sur le terrain.
Des propositions pragmatiques pour renforcer la lutte
Face à ce constat, Imperial Brands Seita avance plusieurs mesures destinées à adapter la réponse publique à la réalité du phénomène.
Parmi les pistes évoquées :
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L’élargissement des compétences judiciaires des polices municipales
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Un accès sécurisé à certains fichiers indispensables pour identifier les trafics
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La création de filières de formation dédiées afin de renforcer les encadrants des catégories A et B
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L’intégration des dispositifs de participation citoyenne, de type Voisins Vigilants, dans les centres de supervision urbains
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La généralisation des conventions de coordination entre l’État et les communes
L’objectif affiché est clair : donner aux élus locaux et aux forces de sécurité de proximité des outils adaptés à une criminalité devenue structurée, mobile et financièrement puissante.
L’heure des décisions
Pour Imperial Brands Seita, le temps des diagnostics est révolu. L’entreprise interroge la cohérence des choix récents : pourquoi, dans le cadre de la loi sur le narcotrafic, ne pas avoir étendu certaines dispositions au trafic de tabac, alors même que les similitudes organisationnelles sont reconnues ?
Au-delà des déclarations politiques, la question posée est celle de la capacité collective à prendre des décisions fortes et structurantes. Le trafic de tabac ne constitue plus seulement un enjeu fiscal ou sectoriel. Il affecte le commerce de proximité, fragilise les territoires, nourrit l’économie souterraine et pèse sur la sécurité du quotidien.
La lutte contre ces réseaux suppose une articulation claire entre État et collectivités, une adaptation du cadre juridique et un renforcement des moyens opérationnels. À défaut, la criminalité organisée continuera d’exploiter les failles du système, laissant les élus locaux en première ligne face à une menace qui dépasse largement leurs frontières administratives.
