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L’attractivité devient un risque environnemental

Pendant longtemps, la performance touristique d’un territoire s’est principalement mesurée au nombre de visiteurs, aux nuitées enregistrées, aux recettes générées ou encore aux taux d’occupation. Cette logique reste essentielle pour les professionnels du secteur, mais elle ne suffit plus à apprécier la situation réelle d’une destination confrontée simultanément à une forte fréquentation et à des contraintes environnementales croissantes.

La société française Murmuration entend répondre à cette problématique avec l’ECCT, pour « Environmental Carrying Capacity for Tourism », un indicateur destiné à mesurer la capacité de charge environnementale d’un territoire touristique. L’objectif est d’évaluer la marge dont dispose encore une destination avant que les pressions exercées sur son environnement ne conduisent à une situation critique.

Fondée en 2019, Murmuration développe désormais cet outil prioritairement en France et en Espagne, deux marchés touristiques majeurs où se combinent importance économique du tourisme, forte fréquentation de certains territoires et exposition aux aléas climatiques.

Anticiper plutôt que gérer une dégradation déjà installée

La question de la fréquentation touristique ne se limite pas à déterminer combien de personnes un territoire est matériellement capable d’accueillir. Elle suppose également de prendre en compte la disponibilité de l’eau, la qualité de l’air, la végétation, la biodiversité ou encore les effets d’une pression touristique excessive sur les paysages.

Lorsqu’un site très fréquenté atteint un niveau de dégradation trop important, les gestionnaires peuvent être conduits à limiter les accès, voire à procéder temporairement à une fermeture. Le document cite notamment l’exemple de Maya Bay, en Thaïlande, rendue célèbre par le film La Plage, où des mesures de protection de la biodiversité ont été prises après une fréquentation massive.

Pour les gestionnaires de destinations, la difficulté consiste donc à intervenir avant d’atteindre ce type de situation.

Cette problématique modifie progressivement la manière d’envisager le développement touristique. Il ne s’agit plus seulement de chercher à attirer davantage de visiteurs, mais de déterminer jusqu’à quel niveau une destination peut augmenter ou maintenir sa fréquentation sans détériorer les ressources qui constituent précisément son attractivité.

Cette approche concerne notamment les parcs naturels, les sites protégés, les territoires bénéficiant d’une reconnaissance UNESCO, les organismes touristiques régionaux ou départementaux, les ministères du tourisme ou encore les gestionnaires de destinations.

Une fréquentation excessive peut en effet affecter les milieux naturels mais également créer des difficultés avec les populations locales, dégrader l’image d’une destination et conduire les autorités à adopter tardivement des mesures restrictives.

Cinq dimensions pour mesurer les tensions environnementales

L’ECCT repose sur cinq dimensions regroupées en deux branches méthodologiques.

La première est consacrée aux paramètres écologiques. Elle analyse quatre grandes composantes : la qualité de l’air, les ressources en eau, la santé de la végétation et la biodiversité.

Pour chacun de ces éléments, l’outil intègre un seuil critique ainsi qu’un coefficient d’aggravation adapté aux caractéristiques du territoire étudié. La nature du paysage est notamment prise en compte, puisque les pressions exercées sur un littoral, une zone montagneuse, une réserve naturelle ou un espace urbain touristique ne produisent pas nécessairement les mêmes conséquences.

La seconde branche concerne la pression touristique elle-même. Elle associe la densité de la population permanente aux données relatives à l’activité touristique afin de ne pas limiter l’analyse au seul nombre de visiteurs.

L’objectif consiste ainsi à apprécier l’intensité réelle de la fréquentation par rapport aux caractéristiques du territoire concerné.

Le document présente notamment, page 4, une représentation graphique de l’ECCT sous la forme d’un diagramme intégrant biodiversité, qualité de l’air, disponibilité en eau, santé de la végétation et pression liée au tourisme. Cette visualisation doit permettre aux décideurs d’identifier plus facilement les composantes sur lesquelles les tensions apparaissent les plus importantes.

Un outil destiné à orienter les décisions touristiques

Pour Murmuration, l’intérêt de cette mesure réside principalement dans son utilisation opérationnelle. Les données peuvent être exploitées à différentes échelles, depuis un site touristique jusqu’à un territoire beaucoup plus vaste.

L’ECCT peut notamment contribuer à arbitrer des investissements entre plusieurs communes, orienter les campagnes de promotion vers les zones disposant encore de capacités d’accueil environnementales ou organiser les flux touristiques à l’intérieur d’une destination.

Il peut également être utilisé dans le cadre de démarches de suivi environnemental associées à certains labels ou reconnaissances, notamment UNESCO.

Murmuration envisage également des utilisations dans le cadre de la conformité CSRD et CS3D pour certaines agences touristiques ou grands groupes hôteliers, ainsi que pour des opérations de due diligence écologique précédant une acquisition ou un financement.

L’intérêt du dispositif réside également dans la comparaison. Plusieurs territoires peuvent être analysés simultanément afin d’identifier leurs différences de vulnérabilité.

Le principe consiste alors à ne plus rechercher systématiquement une maximisation uniforme de la fréquentation, mais à répartir les flux en tenant compte de la situation environnementale propre à chaque zone.

La visualisation figurant page 5 illustre cette approche avec l’évolution du nombre de visiteurs au cours de l’année, complétée par des informations relatives à la population, à la superficie du territoire, au nombre de lits touristiques et à la densité observée lors des périodes de forte fréquentation.

La France et l’Espagne au centre du développement

Murmuration concentre actuellement le développement de son dispositif sur la France et l’Espagne, notamment à travers sa filiale implantée à Barcelone.

Ces deux pays concentrent de nombreuses situations dans lesquelles la question de la capacité environnementale des destinations peut devenir importante. Certains territoires combinent une fréquentation touristique élevée, une forte dépendance économique à cette activité et des ressources naturelles susceptibles d’être soumises à des tensions.

Le changement climatique constitue également un facteur supplémentaire à prendre en compte dans les décisions de long terme.

Dans cette perspective, la question posée aux destinations évolue. Leur objectif reste évidemment de conserver leur attractivité touristique, mais il devient également nécessaire d’identifier les conditions permettant de la préserver durablement.

La carte présentée page 6 montre par exemple une analyse territoriale de la biodiversité permettant de distinguer plusieurs catégories d’occupation des sols et d’obtenir un indicateur global à l’échelle d’une zone donnée.

Satellites, données climatiques et intelligence artificielle

La technologie développée par Murmuration repose en partie sur l’exploitation de données issues de l’observation de la Terre.

L’entreprise combine plusieurs sources d’information : données satellitaires, images optiques, données climatiques, radars, observations de terrain et capteurs installés localement.

Ces différentes informations sont intégrées dans les algorithmes développés par la société afin de produire des indicateurs environnementaux adaptés aux caractéristiques des territoires étudiés.

L’utilisation de données spatiales constitue ainsi l’un des éléments centraux du positionnement de Murmuration. L’entreprise cherche à appliquer les technologies d’observation de la Terre aux problématiques propres au secteur touristique.

L’ECCT n’est d’ailleurs pas son seul projet. Murmuration développe également un outil destiné à simuler la résilience des activités touristiques face au changement climatique, en intégrant notamment une analyse des conséquences économiques, ainsi que différents observatoires climatiques et environnementaux.

Faire de la capacité environnementale un indicateur de gestion touristique

Murmuration est dirigée par Tarek Habib et Cathy Sahuc et dispose depuis 2025 de deux filiales, à Malte et à Barcelone. L’ECCT est déjà utilisé par une dizaine de clients européens, selon les informations fournies par l’entreprise.

À travers son développement en France et en Espagne, Murmuration souhaite désormais élargir l’utilisation de cet indicateur et faire de la capacité de charge environnementale un véritable critère de décision pour les acteurs touristiques.

Cette évolution témoigne d’un changement plus large dans la gestion du tourisme. La fréquentation demeure indispensable à l’économie de nombreuses destinations, mais son augmentation ne peut plus être considérée indépendamment de ses conséquences sur les territoires.

Pour les professionnels comme pour les collectivités, l’enjeu pourrait progressivement devenir celui d’un équilibre entre attractivité, activité économique et préservation des ressources. L’objectif ne serait alors plus uniquement de savoir combien de touristes peuvent être attirés, mais jusqu’où une destination peut développer sa fréquentation sans compromettre les éléments naturels et environnementaux qui font précisément sa valeur.

Elliot

Actualité en générale, d'entreprise, de société, d'écologie Article corrigé grâce à l'IA

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