La culpabilité de l’escalier de Julie Dénès chez minset
Midset nous propose, de Julie Dénès, La culpabilité de l’escalier : Récit d’un témoin
Julie Dénès est une auteure bretonne engagée dans la défense des droits humains et spécifiquement des droits des femmes. Créative, rêveuse, pugnace, juriste atypique et mère de deux enfants.
Avec La culpabilité de l’escalier, Julie Dénès aborde une question souvent laissée au second plan dans les discussions sur les violences : celle de la responsabilité des témoins. Après avoir consacré plusieurs ouvrages aux mécanismes de l’emprise et aux violences conjugales, l’autrice invite à déplacer le regard. Au-delà du comportement de l’agresseur et du parcours de la victime, quelle place occupent celles et ceux qui voient, entendent ou soupçonnent une situation de violence sans intervenir ?
Une phrase choisie pour présenter le livre résume cette interrogation : « On demande toujours à la victime pourquoi elle est restée. On ne demande jamais au témoin pourquoi il n’a rien fait.
Cette formulation remet en question une réaction fréquente face aux violences conjugales. Lorsqu’une victime raconte ce qu’elle a vécu, son entourage cherche parfois à comprendre pourquoi elle n’est pas partie plus tôt, pourquoi elle n’a pas dénoncé les faits ou pourquoi elle a continué à vivre avec son agresseur. Ces interrogations, même lorsqu’elles ne sont pas mal intentionnées, peuvent faire peser sur la personne qui a subi les violences une responsabilité qui ne lui appartient pas.
Avec La culpabilité de l’escalier, Julie Dénès propose une autre perspective. Pourquoi la société s’intéresse-t-elle autant aux décisions des victimes et parfois si peu à l’attitude de ceux qui les entourent ? Que signifie être témoin d’une situation préoccupante ? À quel moment le silence devient-il une question collective ?
Le sujet rejoint les engagements de l’autrice. Juriste de formation, Julie Dénès s’est notamment fait connaître avec Une poule sur un mur…, publié en 2017 aux éditions Michalon. Dans ce récit autobiographique, elle racontait les violences psychologiques et physiques subies au sein d’une relation d’emprise. Elle y décrivait les différentes phases du cycle de la violence, entre tensions, agressions, culpabilité et périodes d’apaisement qui entretiennent l’espoir d’un changement.
Le thème de ce nouvel ouvrage ouvre une réflexion qui dépasse les seules violences conjugales. La place des témoins soulève des questions sur les comportements individuels, la peur d’intervenir, les relations de proximité et la difficulté de reconnaître certaines formes de violence. Il rappelle également qu’une situation d’emprise peut être difficile à comprendre de l’extérieur, notamment lorsque les faits se déroulent dans la sphère privée.
Pour autant, tous les témoins ne disposent pas des mêmes informations ni des mêmes possibilités d’action. Intervenir peut nécessiter de prendre des précautions, particulièrement lorsque la sécurité de la victime est en jeu. La question n’est donc pas seulement de savoir pourquoi une personne n’a pas agi, mais aussi de comprendre comment favoriser une réaction adaptée, sans exposer davantage les personnes concernées.
À travers la question centrale mise en avant par son éditeur, La culpabilité de l’escalier invite ainsi à reconsidérer la manière dont les violences sont perçues et commentées. La responsabilité de l’agresseur demeure première, mais la prévention et la protection des victimes concernent également leur environnement familial, amical, professionnel et institutionnel.
En choisissant de mettre les témoins au cœur de cette interrogation, Julie Dénès poursuit un travail de sensibilisation engagé depuis plusieurs années. Son nouvel ouvrage rappelle que la lutte contre les violences ne repose pas uniquement sur la capacité des victimes à parler, mais également sur la manière dont leur parole est accueillie et sur les réponses qui peuvent leur être apportées.



