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Anne Caron met le cap sur le café transporté à la voile

La Maison Anne Caron poursuit une ambition engagée depuis 2019 : réduire fortement l’empreinte environnementale liée au transport maritime de ses cafés en privilégiant progressivement la propulsion vélique. L’objectif affiché est particulièrement ambitieux puisque l’entreprise souhaite, à horizon 2027, faire venir 100 % ou presque de ses cafés par voilier cargo. Une démarche conduite avec TOWT et Belco, qui suppose notamment l’ouverture progressive de nouvelles routes maritimes reliant les principales régions productrices de café aux ports français.

Le transport constitue en effet un maillon important de la chaîne du café. Les grains produits en Amérique latine, en Afrique ou dans d’autres régions du monde doivent parcourir plusieurs milliers de kilomètres avant d’arriver chez les torréfacteurs européens. La Maison Anne Caron souligne les conséquences environnementales du transport maritime conventionnel, mais également certaines contraintes liées aux délais, aux conditions de stockage et à la dépendance aux carburants fossiles.

Selon les données présentées par l’entreprise, le transport maritime représenterait 4 % des émissions mondiales de carbone et 20 % des émissions de particules fines liées notamment aux oxydes de soufre et d’azote. Le document rappelle également qu’un porte-conteneurs peut consommer jusqu’à 200 000 litres de fioul lourd par jour. À ces émissions atmosphériques s’ajoutent d’autres effets tels que la pollution sonore sous-marine, susceptible de perturber la vie marine.

Une propulsion vélique présentée comme une alternative

Face à ces contraintes, Anne Caron mise sur le transport à la voile. La solution présentée repose sur une propulsion entièrement vélique tandis que l’électricité nécessaire à bord est produite notamment grâce à des hydrogénérateurs et des panneaux solaires.

La comparaison avancée dans le document fait apparaître une différence significative en matière d’émissions. Le transport conventionnel serait associé à environ 20 grammes de CO2 par kilomètre et par tonne de café, contre 2 grammes pour le transport à la voile. La solution vélique permettrait ainsi, selon les chiffres présentés, une réduction de 90 % des émissions de CO2, de 98 % des émissions de SOx et de 92 % de celles de NOx.

La réduction de la vitesse et le fonctionnement silencieux de la propulsion sont également présentés comme des moyens de limiter certains impacts sur les océans.

Le transport à la voile n’est toutefois pas décrit comme une solution moins coûteuse. Le document estime son coût supplémentaire à environ un euro par kilogramme de café vert, contre environ 40 centimes par kilogramme pour un transport conventionnel. Anne Caron indique avoir choisi de ne pas faire de ce surcoût un obstacle au développement de cette filière.

Des trajets plus directs pour préserver le café

L’intérêt recherché ne concerne pas uniquement l’environnement. Les conditions de transport constituent également un enjeu pour la qualité du café vert.

Le transport maritime conventionnel implique fréquemment des transbordements et des périodes d’attente dans les ports. Le document évoque ainsi des durées pouvant atteindre 20 à 40 jours, alors que les trajets réalisés par voilier pourraient être plus directs et permettre l’utilisation de quais moins sollicités, avec un temps de transit présenté autour de 20 jours.

La maîtrise de la température et de l’humidité durant le voyage constitue un autre avantage avancé. Dans un conteneur conventionnel, les marchandises peuvent être soumises à la condensation ou à des températures élevées. Ces phénomènes sont susceptibles d’altérer la qualité d’un produit sensible comme le café vert.

Dans le modèle retenu par Anne Caron, les cafés sont transportés notamment dans des big bags, avec une attention portée à la température, à l’hygrométrie et au reconditionnement.

Une démarche engagée depuis 2019

L’histoire du projet remonte à 2019, lorsque la Maison commence à travailler sur une solution permettant de rendre le transport de ses cafés plus respectueux de l’environnement.

L’entreprise se rapproche alors de TOWT, acteur spécialisé dans le transport maritime à la voile. Anne Caron choisit de s’engager dans le projet avec l’ambition de généraliser progressivement cette solution.

Une première étape concrète intervient avec un café colombien provenant de la Sierra Nevada de Santa Marta, commercialisé en janvier 2021 après un transport maritime réalisé par voilier.

L’ambition est ensuite élargie à l’ensemble des approvisionnements de la Maison. Pour y parvenir, Anne Caron s’est associée à TOWT et Belco dès les premières phases du projet et s’est engagée à recourir à la voile pour l’affrètement de ses cafés.

Cette orientation correspond également à la volonté de maintenir une cohérence entre la sélection des cafés et leur acheminement. La Maison explique choisir ses grains en tenant compte de leur qualité, de leur goût et de leurs modes de production, et considère que le transport doit progressivement répondre aux mêmes préoccupations environnementales.

Plusieurs routes maritimes à construire

Le passage à une très large majorité de cafés transportés à la voile nécessite toutefois la constitution d’un véritable réseau de lignes maritimes.

L’assemblage Bio de la Maison repose notamment sur des cafés provenant de Colombie et du Pérou. Le Blend Signature utilise pour sa part des grains originaires du Brésil, d’Éthiopie, du Guatemala et du Nicaragua.

L’ouverture de routes vers ces différentes origines constitue donc l’une des conditions essentielles pour atteindre l’objectif de 2027.

Le calendrier présenté dans le document prévoit plusieurs étapes. Un premier voilier cargo d’une capacité annoncée de 1 000 tonnes était en construction à partir de novembre 2022. Sa mise à l’eau et son arrivée à Concarneau étaient prévues début 2024, avant son positionnement au Havre.

Une première route vers la Colombie devait ensuite être ouverte en août 2024 afin de permettre notamment l’acheminement des cafés composant l’assemblage Bio. Une liaison avec le Brésil était prévue en novembre 2024.

La période 2025-2026 devait voir apparaître une première route vers le Guatemala et le Nicaragua. Enfin, l’ouverture de voies supplémentaires vers le Guatemala et l’Éthiopie était programmée pour 2026-2027.

L’objectif de presque 100 % à horizon 2027

L’enjeu pour Anne Caron dépasse donc la réalisation ponctuelle de quelques transports par voilier. Il s’agit de faire progressivement évoluer l’ensemble de sa logistique d’importation.

À horizon 2027, la Maison affiche ainsi l’objectif de transporter 100 % ou presque de ses cafés à la voile. Une évolution qui reste dépendante de l’ouverture des routes nécessaires et du développement des capacités de transport maritime vélique.

Cette stratégie illustre aussi la transformation progressive d’un secteur où l’impact environnemental ne se limite plus aux méthodes de culture ou à la torréfaction. L’acheminement du café, parfois sur plusieurs milliers de kilomètres, devient lui aussi un élément pris en compte dans la recherche d’une chaîne d’approvisionnement moins carbonée.

Pour Anne Caron, le pari consiste désormais à faire du surcoût et des contraintes logistiques liés à la voile non pas un obstacle, mais une étape vers un nouveau modèle de transport maritime pour ses cafés.

Elliot

Elliot contribue à la rédaction de Notre-Siecle sur des sujets liés à l’actualité, à la société, à la consommation, aux entreprises, aux nouvelles technologies et aux évolutions des modes de vie. Ses articles privilégient une approche claire, factuelle et accessible, avec l’objectif de donner aux lecteurs les éléments utiles pour comprendre les enjeux du quotidien.

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