Quand une application de cashback dit non au Black Friday
l’offensive de 10% pour une consommation plus raisonnée
À l’heure où les enseignes rivalisent de promotions massives et où les sites de cashback multiplient les offres éclairs pour capter l’attention des consommateurs, une initiative a fait figure d’exception le 28 novembre. L’application 10%, lancée en octobre 2024, a choisi de couper volontairement son service durant toute la journée du Black Friday. Un geste rare dans l’univers de la consommation, assumé par sa fondatrice, Clémence Luc, au nom d’un principe simple : défendre le pouvoir d’achat sans encourager l’hyperconsommation.
Un positionnement atypique dans un paysage dominé par les rabais
Alors que les plateformes de cashback mettent en avant des “boosts exceptionnels” pour susciter des achats supplémentaires avant les fêtes, 10% revendique une philosophie radicalement différente. Sa vocation est d’aider les consommateurs à gagner de l’argent sur leurs dépenses essentielles, tout au long de l’année, en scannant simplement leur ticket de caisse. La promesse est claire : récupérer 10% du montant sur des produits du quotidien, en quantités limitées, cohérentes avec une consommation raisonnable.
Ce modèle repose sur la transparence et la fidélité, à l’opposé de l’esprit du Black Friday, souvent critiqué pour ses rabais artificiels. Les alertes officielles le rappellent : certaines enseignes gonflent leurs prix avant de les baisser artificiellement, créant une illusion de “bonne affaire”. En pleine période de tensions budgétaires, avec un budget des fêtes en recul de 24 € par rapport à 2024 selon l’Observatoire Ankorstore, 10% refuse de participer à une dynamique jugée contre-productive pour le portefeuille des Français.
Couper l’application : un geste symbolique mais fort
La décision de désactiver l’application pendant 24 heures n’a pas été prise à la légère. Elle marque une volonté assumée de cohérence et de transparence. Relayée sur les réseaux sociaux et par mail auprès de ses 350 000 utilisateurs, l’opération s’accompagnait d’un message limpide : « Chez 10%, on ne croit pas aux promos d’un soir, mais à la fidélité toute l’année. »
Cette coupure visait à rappeler que les économies les plus importantes se construisent sur la durée, dans la gestion des achats essentiels. L’application refuse de rembourser des quantités excessives. Pas question de pousser à acheter trois mois de lessive ou des produits inutiles. La règle est simple : deux bidons de lessive, une bouteille d’huile d’olive par mois, et seulement les produits courants réellement consommés par les foyers.
Pour Clémence Luc, « 10% est pensé comme le contraire du Black Friday ». La plateforme travaille avec des marques françaises ou implantées en France, pratiquant des prix justes toute l’année. Le choix du boycott est donc apparu comme la continuité logique de son engagement.
Un geste pour éveiller les consciences
Avec cette initiative, la jeune entreprise espère encourager une réflexion collective sur l’impact des événements commerciaux massifs. Le Black Friday génère des volumes d’achat importants, souvent impulsifs, parfois superflus, qui ne répondent pas à de véritables besoins. L’objectif de 10% n’était pas de culpabiliser mais de susciter un recul salutaire, en rappelant que les achats vraiment coûteux ne sont pas ceux d’un vendredi de novembre, mais ceux que l’on fait chaque semaine.
La démarche s’inscrit dans une volonté de défendre un modèle de consommation raisonné, dans lequel les prix restent stables et transparents. Il s’agit aussi de redonner de la valeur au pouvoir d’achat en misant sur la régularité plutôt que sur l’exceptionnel.
La tribune de la fondatrice : une vision économique fondée sur la sobriété
Dans une tribune adressée aux utilisateurs, la CEO revient sur les motivations du boycott. Chaque jour, l’application reçoit environ 20 000 tickets de caisse composés d’aliments de base, de produits ménagers ou de biens essentiels. Ce sont précisément ces achats, banals mais indispensables, qui pèsent le plus dans les budgets.
Pour elle, le Black Friday n’a jamais été pensé comme un levier de protection du pouvoir d’achat, mais comme un catalyseur d’hyperconsommation. Les “bonnes affaires” sont souvent trompeuses, les achats impulsifs sans réelle utilité. À l’inverse, 10% souhaite promouvoir un modèle basé sur le long terme, la transparence, les économies durables.
« Nous croyons à une économie du quotidien, pas à une économie de l’excès », affirme-t-elle. Cela implique de soutenir des prix cohérents, des promotions limitées mais crédibles, et une consommation stable. La fondatrice invite aussi à repenser le rôle des marques et des acteurs publics afin de favoriser des pratiques plus responsables.
Une application en pleine ascension
En un an seulement, 10% a séduit 300 000 utilisateurs et reversé 500 000 €. Avec 27 grandes marques partenaires, Activia, Fleury Michon, Président, Danette, Skip, Colgate, Carapelli, le modèle se renforce chaque mois. La récente levée de fonds de 2,4 millions d’euros menée par Speedinvest confirme l’intérêt du marché pour une approche alternative du cashback, centrée sur le quotidien.
En s’opposant au Black Friday, 10% s’offre une visibilité rare, mais surtout affirme une identité forte dans un secteur saturé de promotions. Cette initiative lui permet de marquer sa différence et d’ouvrir un débat essentiel : celui de la valeur réelle des économies proposées aux consommateurs. À contre-courant de l’industrie, l’application pose la question de fond : et si économiser commençait par consommer mieux, plutôt que par consommer plus ?
