Proche et Moyen Orient : le Secours populaire lance un appel aux dons

Le Secours populaire français (SPF) alerte sur la dégradation rapide de la situation humanitaire dans plusieurs pays du Proche et du Moyen Orient, où la guerre « ravage à nouveau des régions entières » et fait peser un risque d’escalade susceptible d’embraser davantage la zone. L’association appelle à une mobilisation financière pour soutenir, via ses partenaires locaux, des populations civiles prises en étau entre bombardements, déplacements forcés et effondrement des services essentiels.

Les civils, première cible des conséquences de la guerre

Le SPF dresse un constat sans détour : comme dans toutes les guerres contemporaines, ce sont les civils qui paient le prix le plus élevé. Femmes, enfants, personnes âgées et familles déjà fragilisées sont confrontés à une accumulation de ruptures vitales, pénuries d’eau, de nourriture, de soins et de protection, à mesure que le conflit désorganise les circuits d’approvisionnement et rend l’accès aux secours plus dangereux. L’association insiste sur la réalité derrière les chiffres : « des millions de vies bouleversées », et des trajectoires familiales durablement brisées par l’exil, la peur et l’incertitude.

Dans ce tableau, un point retient particulièrement l’attention : l’installation de la guerre dans la durée. Le Secours populaire souligne qu’« une nouvelle génération grandit dans la guerre ». Pour nombre d’enfants et de jeunes, le conflit n’est plus une crise ponctuelle mais un environnement permanent, avec ses effets en cascade sur la santé, la scolarité, l’équilibre psychique et, plus largement, les possibilités mêmes de se projeter. L’association met en garde contre une hypothèque collective sur l’avenir de la région, lorsque la violence devient le cadre ordinaire de socialisation.

Des partenaires locaux en première ligne, malgré le danger

Dans son appel, le SPF met en avant le rôle central de ses partenaires sur place. Ce sont eux qui évaluent les besoins, organisent l’aide et maintiennent le lien avec les communautés. Mais ils interviennent dans des conditions décrites comme « extrêmement difficiles », parfois « au péril de leur propre sécurité ». La particularité, souligne l’association, est qu’ils ne sont pas des observateurs extérieurs : eux aussi sont touchés dans leur vie personnelle, leurs proches, leurs maisons, leurs villages. Et pourtant, ils continuent, jour après jour, à répondre à l’urgence.

Cette mise en avant n’est pas anecdotique : elle traduit une conception de l’action humanitaire fondée sur l’ancrage local et la continuité, au plus près des populations. Dans les crises prolongées, quand les routes sont coupées, quand l’accès aux zones touchées se referme, quand la peur s’installe, les réseaux locaux deviennent souvent l’ultime ligne de soutien. Le communiqué du SPF rappelle que la capacité d’action de ces partenaires dépend directement des moyens financiers qui leur sont accordés.

Au Liban, des villages évacués, des écoles transformées en abris

Le partenaire DPNA, engagé aux côtés du Secours populaire, aurait dû faire face à l’évacuation soudaine de près de 80 villages, « vidés de leurs habitants du jour au lendemain ». Des milliers de familles ont fui sans préparation, abandonnant leurs biens, leurs repères, parfois leurs revenus. Accueillies dans l’urgence, elles se retrouvent notamment dans des écoles transformées en abris de fortune. L’image est forte : des salles de classe devenues « lieux de survie », des enfants vivant dans des espaces conçus pour apprendre, désormais réaffectés à l’hébergement d’urgence.

Au-delà du choc immédiat, cette situation pose la question de la désorganisation durable des services sociaux : quand les écoles deviennent des refuges, la scolarité est interrompue ou dégradée ; quand les villages se vident, les communautés se dispersent ; quand les familles fuient en laissant derrière elles leurs ressources, la dépendance à l’aide augmente. Dans ce type de crise, la frontière entre l’urgence et le long terme s’efface : l’aide doit à la fois répondre aux besoins immédiats et prévenir l’enracinement de la précarité.

Territoires palestiniens : santé, survie et violence quotidienne

Le SPF évoque ensuite la situation dans les territoires palestiniens, en mentionnant plusieurs partenaires : BASR, présenté comme une organisation visant à faire des soins de santé un droit universel accessible sans discrimination, ainsi que PMRS et HDI P. Tous feraient face à une intensification de la violence, à la fois à Gaza, décrite comme dépourvue de tout avec une population « à la limite du possible », et en Cisjordanie, où des communautés seraient « soumises à la violence quotidienne sur leurs terres ».

L’accent mis sur les soins est révélateur : quand les infrastructures médicales sont fragilisées, quand l’accès aux médicaments devient incertain, quand les déplacements sont entravés, les urgences ne sont plus seulement celles des blessures liées au conflit. Les maladies chroniques, les soins maternels, la prise en charge des enfants, la santé mentale basculent aussi en zone rouge. C’est souvent là que se joue une partie de la mortalité indirecte des guerres, moins visible mais massive.

Ramadan : une crise humanitaire qui bouscule les repères du quotidien

La crise survient pendant le mois du Ramadan, période traditionnellement associée à la spiritualité, au partage et à la solidarité. Pour de nombreuses familles déplacées, ce temps censé rassembler se déroule « dans l’exil, l’angoisse et l’incertitude du lendemain ».

Ce rappel n’est pas seulement culturel ; il dit quelque chose de la violence des ruptures. Quand une fête, une période de rassemblement, une routine sociale devient impossible, la crise se mesure aussi à la perte des repères collectifs, au sentiment d’effondrement du quotidien. Les humanitaires le constatent souvent : la détresse n’est pas uniquement matérielle, elle est aussi liée à l’arrachement, à l’isolement et à la sensation que le temps normal a disparu.

Un appel à la solidarité et à des moyens financiers immédiats

Face à ce qu’il qualifie de situation dramatique, le Secours populaire appelle explicitement aux dons et réaffirme sa « solidarité totale avec les populations civiles », en particulier les femmes et les enfants. L’association insiste sur un principe, presque un fil rouge : le droit des civils à vivre en sécurité doit rester « au cœur de toutes les mobilisations ».

L’enjeu, explique le SPF, est de renforcer le soutien aux partenaires, car leur capacité d’action dépend des moyens. Le communiqué met l’accent sur une aide « rapide, adaptée et respectueuse des réalités locales », et sur l’importance de réponses qui correspondent aux besoins exprimés par les populations elles-mêmes. Il s’agit aussi de se préparer à des conséquences dont « on ne mesure pas encore l’ampleur ». En creux, l’association décrit une crise évolutive : l’urgence est déjà là, mais le pire n’est peut être pas encore pleinement visible.

Sur le plan pratique, le SPF précise que les dons financiers peuvent être envoyés au Secours populaire français, dans tous les départements, ou à son adresse parisienne (9/11, rue Froissart, BP 3303, 75123 Paris Cedex 03), en indiquant la mention « Urgence au Proche et au Moyen orient ».

Une mobilisation qui engage la suite

Ce communiqué, bref et direct, s’inscrit dans une logique d’alerte : rappeler, au moment où l’attention publique peut se disperser, que la guerre ne s’arrête pas aux lignes de front et qu’elle produit une crise humanitaire multiforme, souvent silencieuse, toujours massive. En insistant sur les partenaires locaux, le Secours populaire met aussi en avant une évidence opérationnelle : l’aide la plus utile est celle qui peut circuler malgré les obstacles, au plus près du terrain.

Reste une question, en filigrane, qui dépasse l’appel aux dons : combien de temps la solidarité pourra t elle suivre le rythme d’une crise prolongée, faite de déplacements répétés, de besoins qui s’accumulent et d’un avenir incertain pour des enfants qui ne connaissent que la guerre. Dans ce contexte, chaque contribution n’est pas seulement une réponse à l’urgence ; elle devient un pari sur la continuité de l’aide, et sur la possibilité de préserver, malgré tout, des conditions minimales de dignité et d’espoir.

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