La collection Gaston (tome1) de Franquin chez Hachette

Gaston Lagaffe revient dans une nouvelle collection chez Hachette

Plus de soixante ans après ses premières apparitions, Gaston Lagaffe continue de traverser les générations avec une efficacité assez remarquable. Hachette Collections lui consacre une nouvelle édition collector qui entend rassembler les aventures imaginées par André Franquin dans des albums grand format. Le tome 1, paru le 23 juillet 2026, ouvre cette collection destinée aussi bien aux lecteurs historiques qu’à ceux qui souhaitent découvrir l’univers du célèbre employé de bureau.

L’édition mise notamment sur la présentation. Les albums sont proposés en grand format, avec une couverture cartonnée et un dos toilé. Alignés dans une bibliothèque, leurs dos doivent progressivement constituer une frise consacrée à Gaston et à l’univers graphique de Franquin. Le premier tome compte 64 pages et était proposé, dans le cadre de l’offre de lancement, au prix de 2,50 euros.

Mais l’intérêt de cette nouvelle collection ne repose pas uniquement sur son habillage. Hachette indique que les planches de Franquin ont fait l’objet d’un travail de remastérisation à partir du trait original et d’une nouvelle mise en couleurs réalisée en cherchant à rester au plus près des indications de l’auteur. Certaines planches longtemps absentes des éditions courantes doivent également retrouver leur place dans l’ensemble proposé.

Le tome 1 comporte par ailleurs un contenu documentaire consacré aux coulisses de la série. Hachette annonce 16 pages supplémentaires autour de Gaston, tandis que la fiche bibliographique de l’album mentionne notamment un dossier intitulé « Sur les pas de Gaston », rédigé par Christophe Quillien. L’objectif est donc de replacer les gags dans l’histoire de la série et dans le travail de Franquin, au-delà de leur simple republication.

Gaston, l’anti-héros qui ne voulait surtout pas travailler

L’une des forces de Gaston Lagaffe reste probablement l’extraordinaire modernité de son personnage. Lorsqu’il apparaît en 1957 dans les pages du Journal de Spirou, André Franquin prend à contre-pied la figure traditionnelle du héros de bande dessinée. Gaston n’est ni aventurier, ni justicier, ni modèle d’efficacité. Il arrive dans une rédaction sans que personne ne sache véritablement pourquoi il est là ni ce qu’il est censé faire.

Cette absence de fonction devient précisément son terrain d’expression. Gaston dort, expérimente, cuisine, invente des machines improbables, s’intéresse aux animaux, pratique la musique à sa manière et réussit régulièrement à transformer la vie quotidienne de ses collègues en catastrophe.

Il serait pourtant réducteur de n’y voir qu’un paresseux maladroit. Franquin en fait aussi un inventeur débordant d’imagination. Gaston peut consacrer une énergie considérable à trouver un moyen d’éviter une tâche routinière. Ses inventions fonctionnent parfois, mais rarement comme prévu. C’est cette contradiction entre intelligence, créativité et incapacité à respecter les règles élémentaires de la vie professionnelle qui nourrit une grande partie du comique.

Ses relations avec Fantasio, puis avec les autres membres de la rédaction, constituent naturellement l’un des moteurs de la série. Les contrats que l’homme d’affaires Aimé De Mesmaeker tente désespérément de signer sont régulièrement victimes d’une nouvelle catastrophe. Quant au fameux gaffophone, il reste l’une des inventions les plus redoutables sorties de l’imagination de Gaston.

Gaston Lagaffe en quelques repères

Gaston Lagaffe est créé par le dessinateur belge André Franquin et apparaît en 1957 dans Le Journal de Spirou. Le personnage est conçu à rebours du héros classique : dégingandé, peu attiré par le travail et apparemment sans fonction précise au sein de la rédaction.

Au fil du temps, Franquin enrichit considérablement son univers. Gaston devient inventeur, bricoleur, musicien très particulier, ami des animaux et défenseur de certaines causes qui tenaient également à cœur à son auteur.

Autour de lui gravitent notamment Fantasio, Prunelle, Mademoiselle Jeanne, Lebrac, Longtarin et Aimé De Mesmaeker. Ses inventions et ses maladresses provoquent une succession de catastrophes qui constituent le ressort essentiel des gags.

Sous son apparente nonchalance, Gaston incarne aussi une forme de résistance à la productivité, à la hiérarchie et aux automatismes de la vie de bureau. Une dimension qui contribue probablement à expliquer pourquoi le personnage reste aussi facilement identifiable plusieurs décennies après sa création.

Une porte d’entrée dans l’univers de Franquin

Cette nouvelle collection Hachette s’inscrit ainsi dans une longue histoire éditoriale. Gaston a connu de nombreuses éditions et rééditions depuis les premiers albums publiés par Dupuis. La formule proposée en 2026 privilégie à la fois le caractère patrimonial de l’œuvre et l’objet de collection.

Hachette annonce une édition permettant de retrouver l’ensemble des planches de Gaston réalisées par André Franquin, auxquelles doit notamment s’ajouter, dans la collection, l’album plus récent « Le Retour de Lagaffe » de Delaf.

Le premier tome joue donc un double rôle. Il permet de retrouver un personnage devenu l’un des grands classiques de la bande dessinée franco-belge, tout en proposant un appareil documentaire qui donne quelques clés supplémentaires sur sa création.

Et si l’environnement professionnel dessiné par Franquin appartient évidemment à une autre époque, les réunions inutiles, les tâches repoussées au lendemain, les collègues débordés, les inventions supposées faciliter le travail et les efforts déployés pour échapper aux contraintes du bureau n’ont peut-être pas totalement disparu.

C’est sans doute aussi pour cela que Gaston Lagaffe continue de fonctionner. Derrière les catastrophes, les explosions et les contrats jamais signés, Franquin avait créé bien davantage qu’un simple gaffeur : un anti-héros capable de faire du refus des conventions une véritable philosophie de la vie.

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