Figure emblématique de la spéculation boursière du XXᵉ siècle, André Kostolany a marqué des générations d’investisseurs par son approche à la fois iconoclaste et humaniste des marchés financiers. Né en Hongrie en 1906, issu d’une famille de collectionneurs, il se destinait initialement à la philosophie et à l’histoire de l’art avant d’être envoyé à Paris en 1924 pour embrasser une carrière financière. Ce double héritage irrigue l’ensemble de la collection mise aujourd’hui en vente, mêlant œuvres d’art, livres rares, objets de curiosité et symboles matériels de l’histoire de l’argent.Une collection façonnée par une trajectoire hors du commun
La vie d’André Kostolany épouse les soubresauts du XXᵉ siècle. Après une ascension rapide dans le Paris des années folles, le krach de 1929, puis la Seconde Guerre mondiale, il se réfugie aux États Unis en 1940 afin de fuir les persécutions. Nommé président de la société G. Ballai and Co Financing Company à New York, il s’impose au cœur de Wall Street avant de revenir en Europe dans les années 1950, entre Paris et Munich.
Cette existence nomade, marquée par des fortunes successives et des revers spectaculaires, nourrit une vision singulière de l’économie. À partir des années 1960, Kostolany devient une figure médiatique, auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation économique, rédigés avec le concours actif de son épouse Françoise. Celle ci, disparue en 2025, veillera jusqu’à la fin à la cohérence et à la transmission de leur collection, décidant que le produit de sa vente serait intégralement reversé à l’Institut Pasteur de Paris.
La peinture hongroise, cœur artistique de la collection
Point d’orgue de la vente, la collection de peinture hongroise des XIXᵉ et XXᵉ siècles constitue un ensemble rare par sa qualité et sa cohérence. Elle s’inscrit dans une filiation familiale, certains tableaux provenant de l’oncle paternel d’André Kostolany, Gyula Kostolany Kann, architecte devenu peintre et acteur important de la scène artistique hongroise.
Les murs de l’appartement du couple faisaient dialoguer József Rippl Rónai, figure majeure du post impressionnisme hongrois, avec Vilmos Aba Novak ou encore Károly Ferenczy, recréant l’atmosphère intellectuelle de la fin de l’Empire austro hongrois. Parmi les œuvres remarquables figurent des peintures et pastels de Rippl Rónai, dont un émouvant Portrait de Gauguin dédié au maître de Pont Aven, témoignage direct des échanges artistiques européens de la fin du XIXᵉ siècle.
Livres rares et objets de la bourse, une esthétique du capital
Au delà de la peinture, la collection se distingue par une bibliothèque exceptionnelle consacrée à l’histoire économique, politique et morale de l’argent. Traités anciens, ouvrages satiriques, éditions originales, dont Le Capital de Karl Marx ou L’Argent d’Émile Zola enrichi d’un envoi autographe, illustrent la curiosité intellectuelle insatiable de Kostolany pour les mécanismes et les illusions du capitalisme.
Cette réflexion se prolonge dans un ensemble d’objets liés à la bourse et à la spéculation. Téléscripteur boursier de Thomas Edison, balances de changeur du XVIIᵉ siècle, peintures représentant les bourses européennes ou porcelaines satiriques évoquant la bulle de la South Sea Company composent une véritable mise en scène de l’histoire financière, oscillant entre fascination et ironie.
Les écrins de Monsieur et de Madame, entre intimité et élégance
La vente dévoile également deux ensembles plus personnels. L’écrin de Monsieur rassemble objets précieux, accessoires et souvenirs incarnant l’élégance masculine d’un financier cosmopolite. L’écrin de Madame, quant à lui, révèle bijoux, broches et pièces signées, notamment de Cartier, témoignant du goût raffiné de Françoise Kostolany et de son attachement à l’histoire familiale et européenne.
Une vente comme transmission d’un héritage
Au delà des estimations et de la diversité des lots, la vente de la collection André et Françoise Kostolany apparaît comme un passage de relais. Elle prolonge l’histoire d’un couple médiatique et intellectuel, qui a traversé un siècle de crises financières, de bouleversements politiques et d’innovations artistiques. En ouvrant ce nouveau chapitre à Versailles, DE BAECQUE & Associés propose aux collectionneurs, amateurs d’art et passionnés d’histoire économique une occasion rare de saisir des fragments matériels d’un XXᵉ siècle aussi imprévisible que fécond.