Interview exclusive de Séverin Benizri (CEO et cofondateur d’APNEA)

Notre-Siècle
À l’approche des examens, la fatigue des adolescents est souvent attribuée au stress ou aux écrans. Pourquoi faut-il aussi penser à l’apnée du sommeil ?

Séverin Benizri
Penser à l’apnée du sommeil est important, parce que la fatigue n’est pas toujours seulement liée au rythme de vie.

Chez certains jeunes, le sommeil peut être long en apparence, mais de mauvaise qualité à cause de micro-réveils répétés pendant la nuit. Une méta-analyse a estimé en 2024 la prévalence de l’apnée du sommeil chez les jeunes adultes à 16%. L’apnée du sommeil fragmente le sommeil, perturbe l’oxygénation et empêche une vraie récupération.

À l’approche des examens, on pense naturellement au stress, aux écrans ou aux révisions tardives, mais il faut aussi se demander si le sommeil est réparateur.

Un adolescent qui dort suffisamment mais reste épuisé, irritable ou somnolent dans la journée mérite qu’on explore cette piste.

Notre-Siècle
Quels sont les signes qui doivent alerter les parents, les enseignants ou les professionnels de santé chez un adolescent fatigué en période scolaire ?

Séverin Benizri
Les signes les plus évocateurs sont les ronflements fréquents, les pauses respiratoires observées, un sommeil agité, des réveils nocturnes ou des maux de tête au réveil.

Dans la journée, l’alerte peut venir d’une somnolence inhabituelle, d’une baisse de concentration, d’une irritabilité ou d’un changement de comportement.

Chez les jeunes, l’apnée ne se manifeste pas toujours par une somnolence évidente : elle peut aussi ressembler à de l’agitation, de l’inattention ou une perte de motivation.

Les enseignants peuvent repérer une baisse des performances ou une difficulté à rester attentif.

Quand ces signes persistent malgré une bonne hygiène de sommeil, il faut en parler à un professionnel de santé.

Notre-Siècle
En quoi l’apnée du sommeil peut-elle affecter la concentration, la mémoire et les performances scolaires des jeunes ?

Séverin Benizri
Le cerveau adolescent a besoin d’un sommeil continu et de qualité pour consolider les apprentissages, mémoriser et réguler l’attention. Quand la respiration est perturbée pendant la nuit, le sommeil devient fragmenté, même si le jeune ne s’en rend pas compte.

Résultat : la récupération cognitive est moins bonne, avec plus de difficultés à se concentrer, à retenir les informations ou à gérer l’effort mental.

En période d’examens, cela peut amplifier la fatigue, ralentir les révisions et donner l’impression que l’élève « n’y arrive plus ».

L’enjeu n’est donc pas seulement le sommeil : c’est aussi la capacité à apprendre, à restituer et à tenir dans la durée.

Notre-Siècle
Pourquoi les troubles respiratoires du sommeil restent-ils encore sous-diagnostiqués chez les enfants et les adolescents ?

Séverin Benizri
D’abord parce que les symptômes sont souvent banalisés : ronfler, dormir mal ou être fatigué est parfois considéré comme normal à l’adolescence.

Ensuite parce que les signes peuvent être trompeurs : certains jeunes ne sont pas somnolents, mais plutôt irritables, agités ou en difficulté scolaire.

Les familles consultent souvent pour la fatigue, l’attention ou l’anxiété, sans faire le lien avec la respiration pendant le sommeil.

L’apnée du sommeil est encore très largement associée, tant par le grand public que par certains professionnels de santé de première ligne, à un profil type : homme de plus de 50 ans, en surpoids.

Enfin, le diagnostic repose sur des examens qui nécessitent du matériel spécialisé, des diplômes spécifiques et du temps médical, parfois difficiles d’accès selon les territoires.

C’est pourquoi il faut mieux sensibiliser les familles, l’école et les professionnels de premier recours.

Notre-Siècle
Le diagnostic de l’apnée du sommeil repose souvent sur des examens spécialisés. Comment les solutions de dépistage à domicile peuvent-elles faciliter l’accès à une première évaluation ?

Séverin Benizri
Apneal change la donne en rendant un examen du sommeil de précision diagnostique accessible directement à domicile et sans matériel, y compris dans des situations où l’on n’irait pas spontanément vers un parcours spécialisé. Avec une solution simple, réalisable à la maison avec un simple smartphone, on abaisse cette barrière d’entrée : on peut objectiver plus tôt un trouble possible et décider plus rapidement s’il faut aller plus loin.

L’intérêt n’est pas seulement de faciliter une première évaluation, mais aussi de rendre l’examen du sommeil plus régulier, car le sommeil d’un adolescent peut évoluer vite selon les périodes de vie. En ce sens, Apneal permet de passer d’un accès rare et contraint à une approche plus accessible, plus proche du quotidien des familles, et capable d’orienter plus vite vers la bonne prise en charge.

Notre-Siècle
À quelques semaines des examens, quels conseils donner aux familles pour distinguer une fatigue passagère d’un trouble du sommeil nécessitant une consultation ?

Séverin Benizri
Une fatigue passagère s’améliore généralement avec quelques nuits plus longues, une réduction des écrans le soir et un rythme plus régulier.

En revanche, si la fatigue persiste malgré ces mesures, ou si elle s’accompagne de ronflements, de pauses respiratoires, de sudation excessive, de réveils fréquents ou de somnolence en journée, il faut consulter.

Il faut aussi être attentif aux changements récents : chute des résultats, irritabilité, maux de tête matinaux, difficulté à se lever ou endormissements en classe.

Le bon réflexe est de tenir quelques jours un petit journal du sommeil : horaires, réveils, ronflements, fatigue au réveil, somnolence.

Ce suivi aide le médecin à décider s’il faut aller plus loin, sans dramatiser mais sans passer à côté d’un trouble réel.

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