Fécontration

Ils font la brasse en surface, elle écarte les bras, pousse avec les jambes, avance. Une petite vague se forme. Prend place à la commissure de ses lèvres…

Dans cette chambre, semi ouverte, le toit laisse passer les rayons du soleil. La lumière, comme une photosynthèse éphémère, s’infiltre dans ce petit ourlet qui s’étire. Propulsée, son corps se meut vers la clarté. Le buste sort des draps, puis les jambes se rejoignent, droites pendant quelques instants, formant un sillon. Les bras se sont allongés, semblant voler vers ces cuisses, rondes et légères.

Ils sourient et accentuent la boursouflure de leurs tissus. Leurs corps s’étirent, la peau se tend et l’intérieur, se transforme. La taille s’allonge en une suite… De gros muscles s’animent, vides de sens. Protecteurs en attente, diffuseurs sanguins, capteurs d’oxygène, corps en devenir, vivants sans pensée dans une masse qui raisonne en oubliant ses alliés.

Lorsque ils ont atteint leur degré de pénétration, ils s’oublient. Les anciennes naissances cellulaires se confondent avec le souvenir de ces gouttes intérieures qui parfois leur parlaient. Elles ont repris connaissance dans une sorte de silence, créateur. Des milliers de naissances assaillent les contours de cet abdomen sans protection. Libre de recevoir et de donner. Le sourire atteint les terminaisons de son esquisse et leur mémoire de l’eau surgit au cœur d’une cellule… Puis deux, puis 4, 10, 50 et 1000, 100 000.    De nouvelles naissances au cœur de multiples bouillons.

Ils sont là, épuisés sur la berge, le ventre gros. Sereins. Quelques rougeurs aux pommettes. Un peu essoufflés, heureux et comblés d’océanité.

Elle n’a cessé de sourire. Le petit ourlet la rejoint sur la berge et mouille l’intérieur de ses cuisses, jusqu’à remonter dans l’antre de sa création. S’incruste assez pour investir sa mer intérieure. L’enfant jubile et dune nage immobile, se diffuse en elle. Trois êtres océaniques se sont alliés pour naître. Demeurer et perpétrer les strates de la propagation aquatiques.

Ils ont rejoint les bords, comme une petite sécurité à la féminité. Malgré tout le danger imaginaire, elle sourit comme une tendre force s’opposant à la masculinité. Elle pense à cette multitude de créations qui caresse les couches de son abdomen. Étendue vers la matière, semblant oublier d’être portée. Elle demande quelques injections hydriques pour apaiser la douceur de son corps. La densité de l’eau l’abandonne doucement. Elle respire doucement pour calmer la flore pulmonaire qui s’emballe et prolifère. Les méandres de sa condensation calme peu à peu ses angoisses épidermiques. Elle s’endort dans la chaleur de cette nouvelle matrice avant le retour de la matière.

Dominique bar

Quitter la version mobile