Droits de l’enfant en France
une photographie inédite révèle des angles morts persistants
À quelques mois des élections municipales de 2026 et à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, l’UNICEF France publie un rapport inédit qui dresse, pour la première fois, une photographie nationale consolidée de la situation des droits de l’enfant en France. Issu des travaux de l’Observatoire des droits de l’enfant, ce document de référence met en lumière un constat préoccupant : des milliers d’enfants restent invisibles des statistiques publiques, et donc insuffisamment pris en compte par les politiques publiques.
Un monde en mutation, des droits fragilisés
Le rapport s’inscrit dans un contexte global marqué par de profondes transformations numériques, climatiques, sociales, économiques et géopolitiques. Ces mutations affectent directement les enfants et fragilisent l’effectivité de leurs droits. Pourtant, malgré l’existence de cadres juridiques solides, dont la Convention internationale des droits de l’enfant, l’UNICEF France constate que l’absence de données complètes, fiables et couvrant l’ensemble du territoire empêche encore d’assurer une protection équitable à tous les enfants.
Cette carence statistique concerne en priorité les enfants vivant dans la pauvreté, ceux qui ne sont pas scolarisés, les enfants en situation de handicap, les mineurs non accompagnés ainsi que ceux résidant dans les territoires d’Outre-mer. Leur invisibilité dans les données publiques se traduit par une difficulté majeure à concevoir, piloter et évaluer des politiques publiques réellement adaptées à leurs besoins.
L’Observatoire des droits de l’enfant, un outil structurant
L’Observatoire des droits de l’enfant, lancé par l’UNICEF France, constitue une innovation majeure. Il s’agit de la première plateforme nationale visant à centraliser, structurer et analyser l’ensemble des données disponibles relatives aux droits et au bien-être des enfants en France.
S’appuyant sur des sources multiples, issues notamment d’agences gouvernementales, d’organisations internationales et d’enquêtes nationales et internationales, l’Observatoire rassemble 76 indicateurs clés. Ceux-ci sont répartis autour de douze grandes thématiques, parmi lesquelles l’éducation, la santé, la santé mentale, la protection de l’enfance, la pauvreté, les migrations, la nutrition, le numérique, la petite enfance, l’expression de l’opinion de l’enfant, la démographie et l’environnement.
En rendant ces données accessibles, comparables dans le temps et lisibles pour les décideurs comme pour le grand public, l’Observatoire ambitionne de faire de la donnée un véritable outil de pilotage et d’alerte, capable d’éclairer les choix publics et de révéler les lacunes persistantes du suivi statistique.
Un rapport de référence au service des politiques publiques
Complémentaire de la plateforme en ligne interactive, le rapport publié constitue un document de référence. Il propose une lecture transversale des données à l’aune de la Convention internationale des droits de l’enfant et de l’Agenda 2030. Il met également en évidence les angles morts qui entravent encore un pilotage efficace des politiques de l’enfance.
Cette approche transversale permet de dépasser une lecture sectorielle des problématiques et de souligner les interactions entre les différents droits fondamentaux. Le rapport rappelle ainsi qu’une atteinte au droit au logement ou à l’alimentation a des répercussions directes sur la santé, la scolarisation et le développement global de l’enfant.
Pauvreté, logement et alimentation : des urgences persistantes
Parmi les constats les plus alarmants figure la situation des enfants confrontés à la pauvreté et au mal-logement. Selon les données reprises dans le rapport, près de 32 000 enfants vivent sans domicile ou à l’hôtel. En 2024, 38 enfants sans domicile sont décédés, illustrant la gravité de situations qui portent atteinte aux droits fondamentaux à la survie, à la santé et au développement.
Le droit à une alimentation suffisante apparaît lui aussi fragilisé. Près de 23 pour cent des enfants interrogés dans le cadre de la consultation nationale de l’UNICEF France déclarent ne pas manger trois repas par jour. Cette insécurité alimentaire compromet non seulement la santé physique des enfants, mais aussi leur capacité d’apprentissage et leur bien-être psychologique.
Une scolarisation encore incomplète
Le rapport souligne également que le droit à l’éducation n’est pas pleinement garanti. Plusieurs milliers d’enfants demeurent non scolarisés, sans qu’il existe aujourd’hui de visibilité statistique nationale exhaustive sur ce phénomène. Cette absence de données empêche d’évaluer précisément l’ampleur du problème et de mettre en œuvre des réponses adaptées et coordonnées à l’échelle nationale.
Les Outre-mer, grands oubliés des statistiques
Les territoires d’Outre-mer constituent un autre angle mort majeur. Alors même que les besoins y sont souvent plus importants, les données disponibles restent fragmentaires et incomplètes. Le rapport rappelle qu’en 2024, 1 860 enfants ont encore été enfermés à Mayotte, illustrant des violations persistantes des droits de l’enfant et une rupture d’égalité territoriale préoccupante.
Faire de la donnée un levier d’action
Face à ces constats, l’UNICEF France appelle à une refonte structurelle du suivi national des droits de l’enfant. L’organisation plaide pour une amélioration de la collecte de données, une approche véritablement multisectorielle, une meilleure couverture territoriale et une intégration systématique des territoires d’Outre-mer, ainsi que des enfants aujourd’hui non représentés dans les statistiques publiques.
Comme le souligne Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France, il est impossible de garantir les droits de chaque enfant sans disposer de données complètes, fiables et actualisées. L’Observatoire des droits de l’enfant entend ainsi faire de la connaissance un levier concret de protection et d’action publique, destiné à guider les choix des décideurs actuels et futurs.
En proposant cette première photographie nationale consolidée, l’UNICEF France ne se contente pas de dresser un état des lieux. Elle invite les pouvoirs publics à regarder en face les zones d’ombre persistantes et à faire de la donnée un pilier central des politiques de l’enfance, condition indispensable pour que les droits de chaque enfant soient réellement respectés sur l’ensemble du territoire.
