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Dette émergente : une classe d’actifs attrayante pour 2019

Par Denis GIRAULT, Responsable de la gestion obligataire émergente chez Union Bancaire Privée (UBP)

L’année 2018 aura été difficile pour les marchés émergents. Certains segments tirent néanmoins leur épingle du jeu : dans le domaine obligataire, les obligations d’entreprises ont ainsi surperformé face aux obligations souveraines. L’ensemble de la dette émergente a par ailleurs gagné en attractivité du fait d’une hausse des rendements.

L’actualité des marchés émergents aura été dominée en 2018 par les sujets d’incertitudes. Parmi eux : la remontée des taux américains, le dollar fort, les crises économiques en Argentine et en Turquie, mais aussi les craintes concernant la Chine. Prise en étau entre la « guerre commerciale » avec les Etats-Unis d’une part, et le ralentissement de sa croissance d’autre part, la deuxième économie mondiale a connu une année 2018 chahutée. Malgré ce contexte, le marché des obligations d’entreprises émergentes a réussi à faire preuve de résilience.

De meilleures performances que les marchés de crédit américains

Trois compartiments doivent être distingués au sein de la dette émergente. La dette souveraine en monnaie locale, en recul de 6,2% l’année dernière, a été pénalisée à cause de la chute des devises émergentes. La dette souveraine en dollar, en recul de 4,3%, a été pénalisée par des titres de duration plus longue. Enfin, la dette « corporate » (obligations d’entreprises) s’est quant à elle mieux comportée avec une contraction limitée à 1,7%.

Le meilleur comportement des obligations d’entreprises émergentes s’explique du fait que ces titres sont moins exposés au risque de remontée des taux. En effet, les obligations corporate émergentes offrent des rendements plus élevés, ce qui leur permet de bénéficier d’un meilleur effet de « portage », et d’autre part elles sont généralement de maturité plus courte que sur le segment souverain, ce qui les rend moins sensibles à une hausse des taux américains.

Les marchés émergents ont gagné en maturité

L’année 2018 a également été l’occasion, pour les marchés émergents, de démontrer la maturité qu’ils ont désormais acquise. En effet, les difficultés de certains pays n’ont pas impacté les pays voisins, contrairement à ce que l’on avait pu voir par le passé. La crise de la livre turque et les difficultés économiques en Argentine sont restées contenues au sein de ces pays, sans vrai effet de contagion. Ainsi, ces événements n’ont pas entraîné de sorties importantes sur la classe d’actif. Le risque politique brésilien a également été bien digéré par les investisseurs.

Le risque idiosyncratique (propre à chaque pays) existe donc toujours au sein des marchés émergents, mais le risque systémique (risque de contagion) est désormais contenu. Ceci s’explique de manière logique : l’économie des pays émergents est désormais plus équilibrée, la demande intérieure s’est développée, ces pays sont plus stables et les investisseurs en sont conscients. Rappelons qu’il y a encore quelques années, notamment dans les années 1990, les pays émergents ne bénéficiaient pas de ces atouts et étaient traités comme un bloc uni dans l’esprit des investisseurs, impliquant des risques de contagion au niveau financier.

Chine : des inquiétudes exagérées sur la croissance

Certains investisseurs continueront néanmoins d’associer les marchés émergents à la Chine au cours de l’année. L’évolution du conflit commercial avec les Etats-Unis sera à surveiller, tout comme la façon dont le pays parviendra à gérer le ralentissement progressif et sans heurt de sa croissance.

Rappelons toutefois que le tassement de la croissance chinoise est un phénomène normal sur le plan statistique. Un maintien de la croissance à un niveau de 7% par an serait synonyme d’une croissance exponentielle du PIB chinois, ce qui est impossible à long terme. Le FMI prévoit par ailleurs pour 2019 que le ralentissement de la croissance chinoise (à 6,2% par an) soit compensé par une accélération de la croissance en Amérique latine, ce qui permettrait de conserver en 2019 une croissance des pays émergents de 4,5%, proche de celle de 2018. De plus, la croissance mondiale devrait rester stable à 3,5%.

Une classe d’actifs attrayante pour 2019

Dans ce contexte de croissance mondiale stabilisée à des niveaux élevés, la dette émergente apparaît comme une classe d’actifs intéressante cette année. Celle-ci a en effet gagné en attractivité après une année 2018 sous pression : la compression des primes de risques observée en 2017 a été totalement effacée en 2018, permettant de retrouver des rendements plus intéressants pour les investisseurs. L’augmentation des primes de risques devrait permettre de mieux amortir une remontée des taux.

Dans ce contexte, nous pensons que la dette émergente approche de son point bas et que la classe d’actifs devrait à nouveau attirer les flux d’investissements du fait de ses niveaux de valorisation attrayants. Pour limiter les risques de court terme, nous privilégions l’investissement en obligations d’entreprise de faible duration, mais conservons l’objectif d’augmenter progressivement notre exposition à l’ensemble de la dette émergente pour profiter de ses perspectives futures. Renforcer son allocation stratégique sur cette classe d’actifs sera donc une stratégie cohérente pour 2019.

A propos de l’Union Bancaire Privée (UBP) L’UBP figure parmi les plus grandes banques privées de Suisse et est l’une des banques les mieux capitalisées, avec un ratio Tier 1 de 28,2% au 30 juin 2018. La Banque est spécialisée dans la gestion de fortune au service de clients privés et institutionnels. Basée à Genève et présente dans plus de vingt implantations à travers le monde, l’UBP emploie quelque 1’724 collaborateurs et dispose de CHF 126,8 milliards d’actifs sous gestion au 31 décembre 2018.

 

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